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Nouvelle guerre contre le commerce informel en Algérie

28/09/2012 04:32 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Les autorités algériennes ont lancé une offensive contre le commerce informel en éradiquant la majorité des échoppes illégales mais sans toucher aux "barons" d'une l'économie parallèle qui plombe le développement du pays.

L'opération, lancée fin août par le ministère de l'Intérieur, devrait plutôt toucher "les barons de l'importation, ces personnages incrustés dans les différents rouages de l'Etat et qui se dispensent de payer la fiscalité ordinaire", estime Reda Hamiani, président du Forum des chefs d'entreprises (FCE), la plus importante organisation patronale algérienne.

Selon les secteurs, le commerce parallèle représente 30 à 70% de l'économie, dit-il.

Les autorités ont recensé fin août plus de 70.000 commerces illégaux dans le pays, a indiqué le ministre de l'Intérieur Dahou Ould Kablia, avec des pertes financières pour l'Etat évaluées officiellement à plus de 10 milliards d'euros rien qu'en 2011.

La patron du FCE estime que les jeunes vendeurs, principales victimes de l'opération, constituent le "maillon faible" du secteur et ne "portent pas atteinte à l'économie nationale".

Les "barons de l'informel" en Algérie sont importateurs, grossistes et distributeurs de produits destinés au commerce de détail.

Pour l'expert international Abderahmane Mebtoul, ces hommes ont une "relation dialectique avec les couches rentières au niveau des différentes sphères du pouvoir, elles-mêmes liées à des sphères extérieures".

Selon M. Mebtoul, ancien directeur d'études au ministère de l'Energie et au groupe pétrolier public Sonatrach, les barons ne sont pas "intéressés par l'émergence d'un véritable développement local se fondant sur de véritables entrepreneurs, qu'ils soient locaux ou étrangers".

Le commerce informel a explosé en Algérie avec l'arrivée des islamistes de l'ex-Front islamique du Salut (FIS) au début des années 1990 à la tête de la majorité des 1.541 municipalités algériennes.

Les islamistes, adeptes de l'économie de bazar, ont autorisé la prolifération de toutes sortes de commerces dans la rue, tandis que la police était concentrée en cette époque de guerre civile -plus de dix ans- sur la traque des actes de terrorisme.

Depuis, en raison notamment du chômage qui atteint 21% chez les jeunes en Algérie, le phénomène a pris de l'ampleur et s'est même étendu aux zones rurales.

Mais ce sont les grandes villes qui en souffrent le plus: leurs rues sont squattées par des vendeurs à la sauvette qui y exposent des produits de qualité souvent douteuse, rendant la circulation automobile quasiment impossible notamment à Alger.

L'opération d'éradication de cette activité est saluée par les commerçants légaux et les riverains mais elle laisse sur le carreau des milliers de familles.

"J'ai neuf personnes à ma charge. Cela fait 12 ans que je travaille ici. Maintenant c'est la dèche. Si tu déjeunes, tu ne dînes pas. Pourquoi ils ne s'en prennent qu'aux zaoualis (démunis) et épargnent les grands requins de l'informel?", se plaint à un journal un de ces commerçants, âgé de 32 ans, victime de cette chasse dans le quartier islamiste algérois de Bachjarrah.

Le commerce informel est "fort, notamment dans les secteurs textile, des chaussures, des logiciels informatiques et des cosmétiques", selon M. Hamiani.

Les produits, souvent des contrefaçons dangereuses pour la santé, sont aussi moins chers parce que les vendeurs ne paient pas de taxes.

En janvier 2011, le gouvernement avait tenté d'imposer des factures en introduisant le chèque pour toute transaction dépassant les 500.000 dinars (5.000 euros) mais des émeutes provoquées par une grave pénurie d'huile et de sucre avaient écarté ce projet, censé mettre un frein à l'expansion du commerce parallèle.

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