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A Benghazi, des artistes libyens s'essaient à l'art abstrait

28/09/2012 04:30 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Une symphonie de couleurs chatoie sur les murs calcinés d'un palais décati: dans cette galerie improvisée à Benghazi, chef-lieu de l'Est libyen, des artistes profitent de leur liberté recouvrée pour s'essayer à l'art abstrait.

Des douilles et des ressorts métalliques dessinent des silhouettes de soldats dans la cour de ce qui fut un palais du roi Idriss Ier, renversé sans violence par Mouammar Kadhafi en 1969.

Située sur le front de mer de Benghazi, berceau de la contestation qui a abouti à la chute et la mort de Kadhafi il y a un près d'un an, cette villa a été incendiée pendant la révolution de 2011.

Peinture à l'huile, masques de bois et silhouettes de métal redonnent vie aux murs carbonisés.

Sur les façades blanc éclatant du deuxième étage poudroient d'audacieuses oeuvres abstraites, alliant l'ochre du désert et un camaïeu de bleu inspiré par la Méditerranée.

"Je me sens optimiste et vivant à nouveau", se réjouit Ali Enessi, le doyen des artistes exposés. "Sous Kadhafi, l'art devait être très franc et spécifique. Ce n'était pas possible de faire de l'art expérimental ou abstrait, d'exprimer des sens cachés.

Ses tableaux associent des couleurs vives et des formes anguleuses avec des poignées de sable.

"Désormais nous avons la liberté de nous exprimer et d'expérimenter", se réjouit-il.

Comme une douzaine d'autres artistes, il travaille dans le Palais al-Manar, à la fois galerie et atelier, où le ministère de la Culture a annoncé mercredi sa décision de faire de Benghazi la capitale libyenne de la culture pour 2013.

Le lieu est imprégné d'histoire: c'est depuis ses balcons que le roi Idriss a déclaré en 1951 l'indépendance de la Libye, jusque là colonie italienne.

Et c'est également là que des caricaturistes menaient à coup de crayon leur propre combat contre Kadhafi, pendant la révolution, un combat qui a coûté la vie à l'un d'eux, le jeune Qaïs al-Halali.

"Le message c'est que nous avons fabriqué du vivant à partir de la destruction", souligne Ali al-Wakwak, un barbu d'âge mûr devenu célèbre pour ses sculptures en débris de guerre: casques devenu masques ou mitraillettes reptiles.

"Nous voulons montrer aux gens qu'il y a une liberté artistique - avant, on ne pouvait pas s'en sortir comme artiste à moins de glorifier Kadhafi", souligne l'artiste, en partance pour Rome où certaines de ses oeuvres sont exposées.

"Au début, tout parlait de la révolution mais maintenant, on essaie surtout d'influer sur l'humeur des gens", explique Abdelqader Badr, qui a peint des formes dentelées symbolisant Benghazi, "Cité interdite de rêve", marginalisée et réprimée pendant les quatre décennies du régime Kadhafi.

Mohammed Barnawi, 33 ans, s'est osé à d'audacieux traits de pinceaux d'un rafraîchissant bleu céruléen et d'un ambre chaleureux, pour évoquer l'avenir incertain ("Attente") ou le deuil ("Le jeune marié martyrisé"). Une évolution radicale par rapport à ses précédentes oeuvres, des tableaux figuratifs représentant les acteurs de la révolution de 2011, tels que son frère mort au front ou les proches de détenus morts dans la prison d'Abou Slim, qui sont l'une des étincelle de la contestation.

"L'art abstrait, c'est l'occasion de faire du beau", dit M. Barnawi, contemplatif. "Il n'a pas nécessairement une histoire à raconter mais derrière chaque couleur, il y a une idée".

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