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Une victime de viol poursuivie en Tunisie: les autorités vivement critiquées

27/09/2012 02:09 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Les autorités tunisiennes étaient vivement critiquées jeudi après qu'une jeune femme violée par des policiers ait été accusée d'atteinte à la pudeur, son avocate dénonçant la responsabilité "morale et politique" du gouvernement et Amnesty réclamant l'abandon des poursuites.

Le gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahada "a une responsabilité politique et morale", a déclaré à l'AFP Me Bouchra Belhaj Hmida.

Les violences policières "ne sont pas organisées, mais le discours du parti (Ennahda) vis-à-vis des femmes a préparé le terrain", a-t-elle ajouté.

"Depuis le 23 octobre 2011 (et l'arrivée au pouvoir des islamistes), il y a plein d'affaires de harcèlement sexuel, moral et financier de la part des flics. Lorsqu'ils voient une femme moderne, une femme tunisienne, ils estiment être en droit de demander des comptes et des femmes victimes sont ensuite condamnées", dit-elle.

Selon l'avocate, "il y a un sentiment d'impunité chez les policiers". "Il est trop tôt pour dire si cette affaire va changer les choses", a souligné Me Belhaj Hmida, "la question de la réforme de la police se pose toujours, il faut déterminer sur quelle base elle va se faire".

Le ministère de l'Intérieur, assurant qu'il ne s'agit que de cas isolés, a appelé jeudi dans un communiqué "à ne pas instrumentaliser politiquement ou médiatiquement cette affaire", rappelant que trois policiers --deux violeurs présumés et leur complice-- ont été incarcérés.

La victime, violée par des policiers début septembre, est poursuivie avec son fiancé, le couple ayant été surpris dans une "position immorale" juste avant le viol, selon le ministère de l'Intérieur.

L'organisation de défense des droits de l'Homme, Amnesty international a pour sa part appelé les autorités à abandonner les poursuites contre la victime, relevant que cette affaire "au mieux (...) met en évidence les profondes insuffisances de la législation tunisienne". "Au pire, c'est une tentative insidieuse de discréditer une victime de viol et de protéger ceux qu'elle accuse", souligne l'organisation.

La victime et les agents ont été confrontés mercredi devant le juge.

Le 2 octobre, le couple se rendra de nouveau devant le juge d'instruction. qui "va les interroger, et il serait bien qu'il classe l'affaire sans suite", a indiqué l'avocate, dont les clients risquent six mois de prison.

La victime, qui ne souhaite pas révéler son identité, a par ailleurs raconté au journal tunisien Al Chourouk le viol et comment les policiers ont également cherché à extorquer de l'argent à son fiancé.

"Je n'aurais jamais cru que j'allais être appelée au tribunal en tant qu'accusée. Je pensais être la victime, pas l'accusée", a-t-elle déclaré.

"Je ne vais pas renoncer (à ma plainte) après avoir été humiliée de cette façon", a encore dit la jeune femme.

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Ennahda après la révolution de 2011, des ONG dénoncent le comportement de la police à l'égard des femmes, qui seraient régulièrement harcelées pour leur tenue vestimentaire ou lors de sorties nocturnes.

Les femmes tunisiennes bénéficient du statut le plus moderne du monde arabe depuis la promulgation du Code de statut personnel (CSP) en 1956 instaurant l'égalité des sexes dans plusieurs domaines, mais elles restent discriminées dans certains autres comme les héritages.

Les islamistes d'Ennahda avaient déclenché un large mouvement de contestation en août en proposant d'inscrire dans la nouvelle Constitution la "complémentarité" des sexes et non l'égalité. Ce projet de texte a été abandonné lundi.

alf/Bsh/hj

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