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Une intervention militaire arabe en Syrie difficile à réaliser

27/09/2012 05:38 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

L'appel du Qatar à une intervention militaire arabe en Syrie semble difficile à réaliser, tant politiquement que sur le terrain, et pourrait ouvrir la voie à un conflit régional, estiment des analystes.

Des pays arabes ont débattu mercredi à l'ONU des contours d'une éventuelle intervention militaire arabe, préconisée la veille par l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, dans un discours devant l'Assemblée générale.

L'émir a souligné que "tous les moyens ont été employés (...) en vain" et a appelé les pays arabes à "intervenir pour mettre fin au bain de sang en Syrie" où plus de 30.000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit il y a 18 mois.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a toutefois souligné que, selon lui, l'émir du Qatar ne pensait pas à une "force combattante" arabe en Syrie.

Quoi qu'il en soit pour Moustapha Al-Ani, expert en questions de défense au Gulf Research Center, "les pays arabes n'ont pas les capacités militaires pour agir en tant que force de dissuasion, n'ont pas de commandement unifié et n'ont pas de coordination" entre eux.

De plus, estime l'expert, une intervention militaire dans ce pays allié de l'Iran et de la Russie pourrait "provoquer une réaction de l'Iran, ce qui mènerait à une véritable guerre régionale".

Il souligne l'échec des tentatives précédentes d'intervention militaire des pays arabes, alors que l'émir a cité, dans son discours, un précédent "efficace" selon lui, l'intervention décidée en 1976 par la Ligue arabe au Liban pour faire cesser la guerre civile. Celle-ci a fini 14 ans plus tard.

Une Force arabe de dissuasion de 30.000 hommes, composée majoritairement de troupes syriennes, avait été envoyée au Liban en octobre 1976. Les contingents arabes s'en étaient retirés trois ans plus tard, laissant libre cours aux troupes de Damas pour intervenir dans le conflit libanais.

"Les pays arabes sont intervenus militairement à deux reprises (...) au Liban et au Koweït en 1961 pour contrer les visées irakiennes sur ce pays, et les deux expériences ont échoué, politiquement et militairement", souligne M. Al-Ani.

Pour Yezid Sayigh, expert au Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth, la proposition du Qatar est "irréalisable". "Il n'y a pas de consensus sur le plan diplomatique parmi les pays arabes, et à plus forte raison pas d'accord sur une opération militaire".

Il souligne qu'une telle intervention nécessiterait une "forte implication des pays limitrophes" de la Syrie, une éventualité à laquelle "ni l'Irak, ni le Liban, ni peut-être même la Jordanie, ne sont prêts".

De plus, "le Qatar peut difficilement obtenir la bénédiction de l'ONU pour une force arabe qui aurait plus qu'un statut d'observateur", estime Neil Partrick, spécialiste du Moyen-Orient et du Golfe basé à Londres.

"Sans une autorisation du Conseil, pas beaucoup de pays arabes s'empresseront de rejoindre cette force", affirme-t-il.

L'appel de l'émir du Qatar est surtout, selon lui, "une expression de la frustration face à l'inaction internationale, notamment occidentale".

Le Conseil est paralysé par la position de la Russie et de la Chine qui ont mis par trois fois leur veto à des résolutions occidentales visant à faire pression sur leur allié syrien.

"La proposition du Qatar reflète la conviction de tous qu'une solution politique ou diplomatique est désormais impossible en Syrie, et que le règlement doit être militaire, comme en Libye et non comme au Yémen" où un accord a permis le départ du président Ali Abdallah Saleh, estime M. Al-Ani.

Selon le Premier ministre du Qatar, Hamad ben Jassem al-Thani, son pays aurait un "plan B", portant sur la constitution de "zones protégées, ce qui suppose une zone d'exclusion aérienne". Là aussi, une proposition difficilement réalisable en raison de l'opposition russe.

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