NOUVELLES

Syrie: la montée des groupes jihadistes

27/09/2012 05:20 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Les groupes jihadistes combattant en Syrie, s'ils sont peu nombreux, jouent un rôle important par la motivation de leurs troupes et leur expertise technique, selon des sources au sein de la rébellion.

Et si leurs rangs sont majoritairement composés de Syriens radicalisés, il y a parmi eux de plus en plus de volontaires étrangers, certains aguerris, qui composent souvent les troupes de choc dans les assauts contre les forces de Damas.

"Leur grande force, c'est qu'ils n'ont pas peur de mourir" assure, à Alep, Jamal Addine Ibrahim, 35 ans, chef d'une brigade de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles). "L'autre jour, nous étions sous le feu d'un sniper. Un moujahid a foncé à découvert jusqu'au pied de l'immeuble, est rentré dedans et l'a abattu. Aucun de mes hommes ne peut faire ça. +Je viens ici pour mourir+, a-t-il dit en riant".

Opérant en marge de l'ASL, en groupes autonomes n'obéissant qu'à leurs chefs, les jihadistes coopèrent parfois avec l'insurrection mais montent aussi leurs propres opérations.

"On collabore bien", ajoute Jamal Ibrahim. "Si je n'ai plus de munitions, ils vont m'en donner. Mais quand l'attaque est terminée, chacun dans sa base".

Partout dans les zones ASL, les jihadistes fuient tout contact avec la presse, contrôlant leur communication via les sites internet radicaux. Souvent composés d'anciens du jihad anti-américain en Irak ou Afghanistan, ils soupçonnent les journalistes d'espionnage.

Dans une villa d'Atmé, près de la frontière turque, ils sont une vingtaine: certains ont le type occidental, d'autres sont très noirs; ils sillonnent le bourg sur des motos chinoises à l'arrière desquelles flotte le drapeau noir frappé de la "chahada", la profession de foi musulmane: "Il n'est de Dieu que Dieu et Mohammed est son messager".

Mais ils pointent leurs armes lors de toute tentative de contact, même sans caméra ou appareil photo. Un passeur local a assuré avoir aidé à entrer clandestinement en Syrie "des dizaines de jihadistes étrangers".

Dans une grande maison voisine, "Abou Saïd", l'un des dirigeants locaux du groupe al-Nosra, est venu chercher livraison d'une dizaine de talkies-walkies, sur les 120 offerts à l'insurrection par un riche libanais.

A la première question posée par un journaliste, il sourit: "Il ne faut pas parler d'al-Nosra. Cela pourrait être dangereux. Même pour vous".

Dans un rapport publié à Londres, le groupe de réflexion Quilliam estime que "l'immense majorité des combattants dans ces réseaux sont syriens, avec un nombre de combattants étrangers allant de 1.200 à 1.500".

"Les groupes jihadistes jouent un rôle de plus en plus important dans le pays", estime le rapport. "Les filières d'approvisionnement de ces groupes en armes et en argent, ainsi que la composante ethno-religieuse du soulèvement syrien va certainement attirer vers eux de nombreux combattants, certains étant d'ex-membres de l'ASL, d'autres venant de l'étranger".

Formés en Irak ou en Afghanistan, leurs artificiers ont apporté à la rébellion une expertise technique irremplaçable dans la fabrication d'engins et de voitures piégées, que des kamikazes conduisent lors d'attentats contre les bâtiments officiels du régime.

Deux groupes jihadistes, dont le Front Al-Nosra, ont revendiqué l'attentat spectaculaire qui a visé mercredi le siège de l'état-major à Damas. Al Nosra et le groupe "Tajamo Ansar al-islam" (Rassemblement des partisans de l'islam) ont fait des descriptions similaires de l'opération, qui a selon eux impliqué un kamikaze et quatre combattants.

Des groupes, comme Al-Nosra, usent d'une réthorique violemment anti-occidentale, empruntée à Al-Qaïda, et jurent de ne cesser le combat que quand le califat règnera sur toute la région, au point que certains experts les soupçonnent d'avoir été créés ou d'être manipulés par les services secrets de Damas.

Au sein de l'ASL, si on apprécie leur ardeur guerrière, les chefs minimisent leur rôle et leur importance, conscients de leur image négative.

"Si les pays occidentaux nous avaient soutenus depuis le début, ils ne seraient même pas là (...) Et je vous assure qu'après la victoire ils ne poseront aucun problème, ou nous nous occuperons d'eux", a affirmé à l'AFP le général rebelle Ahmad al-Fajj.

C'est ce qui s'est passé récemment à Bab al-Hawa, l'un des poste-frontière avec la Turquie. Il était tenu par un groupe jihadiste, commandé par Abou Mohamed al Abssi, qui avait hissé sur le poste le drapeau noir.

La brigade "Al Farouq" de l'ASL leur a ordonné de quitter les lieux. Ils n'ont pas obtempéré. Quelques jours plus tard, le corps d'Abou Mohamed était retrouvé dans un fossé.

mm/sw/hj

PLUS:afp