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L'âge d'or des pirates somaliens semble tirer à sa fin

27/09/2012 02:15 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

HOBYO, Somalie - Des bouteilles de whisky vides jonchent les embarcations remplies de sable sur la côte, les pirates jouent aux cartes ou pêchent le homard, la plupart des prostituées sont parties et les voitures de luxe ont disparu. La force navale européenne et les gardes armés à bord des navires marchands semblent avoir mis fin à l'âge d'or de la piraterie en Somalie.

«Il n'y a plus rien à faire ici en ce moment», lance Hassan Abdi, devenu pirate en 2009 après avoir enseigné l'anglais dans une école privée. «L'espoir de relancer ce marché est très mince.»

La force navale européenne et la présence de gardes armés à bord des navires commerciaux qui circulent dans la région semblent avoir porté un coup fatal au fléau de la piraterie au large de la Somalie. Les experts jugent prématuré de crier victoire, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes: en 2010, les pirates possédaient 47 navires. Cette année, ils n'en ont plus que cinq.

Quelle réalité se cache derrière ces chiffres? Une équipe de l'Associated Press venue de la capitale somalienne, Mogadiscio, s'est rendue la semaine dernière sur la côte à Galkayo et Hobyo, des villes considérées comme très dangereuses pour les journalistes occidentaux car les preneurs d'otages avaient fait de cette zone leur base arrière jusqu'à l'année dernière.

Ils y ont trouvé des pirates autrefois propriétaires de grandes villas qui vivent aujourd'hui dans des pièces obscures, sans meubles, et qui tentent d'échapper à leurs créanciers.

Cela fait bien longtemps que les clients de Faduma Ali, une prostituée, n'ont plus d'argent. Alors qu'elle fume un nargilé dans une pièce étouffante à Galkayo, un ancien client l'appelle et lui demande de lui faire crédit. «Ce temps-là est fini. Tu peux me payer 1000 $?» demande-t-elle. C'était ce qu'elle gagnait autrefois pour une nuit de travail. «Sinon, au revoir et laisse-moi tranquille.»

Il fut un temps où son interlocuteur, Abdirizaq Saleh, était entouré de gardes du corps et attirait les plus belles femmes. Lorsque les rançons étaient versées, c'était la fête, avec de la musique, des bouteilles de vin, du khat et des femmes pour tous les hommes.

Aujourd'hui, Abdirizaq Saleh tente d'échapper à ses créanciers, caché dans une pièce sale devant une télévision poussiéreuse. Il porte encore ses vêtements de luxe, témoins de son opulence passée. «Les bateaux sont retenus plus longtemps, les rançons deviennent plus maigres et les attaques sont de plus en plus risquées», confie-t-il, assis sur un vieux matelas recouvert d'une moustiquaire.

Un autre pirate, Mohamed Jama, a abandonné sa voiture à ses créanciers. Les forces européennes ont mis en échec cinq de ses tentatives d'attaques, détruisant son embarcation et son carburant, raconte-t-il.

«Il ne pouvait pas me rembourser les 2000 $ qu'il me devait. Alors je lui ai pris sa voiture. Elle vaut 7000 $», témoigne son créancier, Fardowsa Mohamed Ali. «Je ne suis plus en contact avec les pirates aujourd'hui. Ils ont tout perdu et vivent comme des réfugiés.»

Beaucoup de pirates se retrouvent donc désoeuvrés. Mohamed Abdallah Aden, lui, est retourné à son ancienne vie d'entraîneur de football pour les garçons du village. Il explique qu'il met aujourd'hui un mois à gagner ce qu'il récoltait en un jour lorsqu'il était pirate.

Les pirates somaliens se sont emparés de 46 bateaux en 2009 et de 47 en 2010, selon la force navale de l'Union européenne. L'année 2011 a enregistré un nombre record de 176 attaques, mais seuls 25 navires ont été capturés.

«Nous avons noté une baisse sensible des attaques ces derniers mois. Les statistiques parlent d'elles-mêmes», souligne la capitaine Jacqueline Sherriff, porte-parole de la Force navale européenne. Elle attribue cette amélioration à l'action militaire internationale menée par l'Union européenne, les États-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie. En mai, grâce à un mandat élargi, la Force navale européenne a détruit des armes, des munitions et du carburant. De leur côté, des avions japonais signalent l'activité des pirates aux bâtiments de guerre qui patrouillent dans la zone.

Les navires marchands signalent également les pirates aux patrouilles militaires, explique la capitaine Sherriff. Ils se sont également équipés de gardes armés, de fils barbelés, de canons à eau et ont aménagé des pièces sécurisées dans les navires.

La ville de Hobyo est redevenue calme, le prix de la tasse de thé est retombé à 5 cents, contre 50 au plus fort de la piraterie, et l'on discute désormais de la pêche au homard plutôt que des navires étrangers. «La région avait bien besoin du recul de la piraterie. Ils apportaient l'inflation, l'indécence et l'insécurité en ville», estime le maire, Ali Duale Kahiye.

La dernière des cinq attaques recensées cette année remonte au 10 mai. Les 26 membres de l'équipage d'un bateau battant pavillon libérien ont été capturés et sont toujours retenus en otages.

Les pirates somaliens détiennent encore sept bateaux et 177 membres d'équipage, selon la Force navale européenne. Au plus fort de leur activité, ils retenaient 30 bateaux et 600 otages. La plus grosse rançon connue s'est élevée à 11 millions $ US.

La plupart des otages sont des hommes de la marine marchande, mais des familles de voyageurs ont également été capturées dans ces eaux dangereuses.

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