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Huit frères syriens au coude à coude sur le front d'Alep

27/09/2012 04:25 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

Ils sont huit frères âgés de 18 à 34 ans et tous ont pris les armes pour se joindre à la rébellion contre le régime syrien du président Bachar al-Assad.

Ensemble, au coude à coude, ils combattent sur le front de Bustan Al Kaser, un quartier d'Alep, dans le nord du pays.

"Si un ou plusieurs de mes frères sont tués, je mourrai à leur côté. Ils sont le sang de mon sang et ce sera un honneur de périr avec eux en défendant la liberté", proclame le cadet de la fratrie, Reda, qui vient tout juste de fêter ses 18 ans.

"Cela fait plus d'un mois que nous sommes arrivés dans la ville et, depuis, on ne pose les armes que pour aller prier", affirme-t-il. Il a tiré un trait au moins provisoire sur ses rêves d'université "pour y étudier l'informatique". "Aujourd'hui, assure-t-il, le plus important est d'en finir avec Assad, mes études peuvent attendre. Nous les jeunes Syriens, notre place est ici, en train de lutter".

Son frère Rafaat, 20 ans, a lui-aussi renoncé à son cursus universitaire. "Nous les jeunes sommes l'avenir de la Syrie et, aujourd'hui, l'avenir est dans la rue. Nous devrions être sur les bancs de l'école mais, par la faute de ce dictateur, nous avons dû prendre les armes. Nous nous battons pour que les générations suivantes jouissent d'un avenir de paix et de liberté", confie-t-il, une roquette anti-char à la main.

Il s'agace de l'amalgame fait, selon lui, en Occident entre la foi et le terrorisme. "Vous pensez que parce qu'on crie +Allah Akbar+ (Dieu est grand) nous sommes membres d'Al-Qaïda! Non, nous croyons en Dieu, c'est tout. Il est désormais notre seule aide, le seul qui nous conduira à la victoire".

Une déclaration saluée en choeur par ses frères d'un sonore "Allah Akbar".

Tous ont quitté leur ville natale de Sarmada dans la province d'Idleb il y a 17 mois, juste au début de la révolte populaire.

Anas, 34 ans, se souvient des manifestations pacifiques qui, dans la foulée du Printemps arabe, ont marqué les premières semaines de la contestation. "L'armée a tiré. Plusieurs de nos meilleurs amis sont morts. La police nous jetait en prison sous le moindre prétexte". Il a quitté sa boutique de téléphonie mobile et dû laisser sa famille -"quatre adorables petites filles"- pour rejoindre la rébellion.

"Bachar croit qu'il est le roi et que nous sommes ses esclaves. Mais les esclaves en ont plus qu'assez de servir leur Maître", ironise-t-il.

Ahmad, 24 ans, est le moins prolixe. Un peu en retrait, tout juste esquisse-t-il parfois un timide sourire ou pousse-t-il du coude un de ses frères en lui murmurant quelque chose à l'oreille.

Le jeune Reda parle pour lui. Avec fierté. "Il a été pris pendant une manifestation et jeté en prison. Ils l'ont battu pendant des jours pour qu'il parle mais il n'a rien dit. Quand ils nous ont appelé pour qu'on aille le chercher, on ne l'a pas reconnu tellement il était défiguré ".

Depuis leur entrée en rébellion, les huit frères sont allés de point chaud en point chaud. "Homs (centre), Idleb (nord-ouest), Alep... On ne s'arrêtera qu'après la chute du régime", assure Essam, 26 ans.

Leur père est au courant et les soutient. "Il n'a pas peur que nous mourions parce qu'il sait que c'est le seul chemin pour libérer la Syrie, explique Reda. Il prie pour nous, pour que nous vainquions. Si nous mourons, il sera fier. Nous serons devenus des martyrs".

Déjà le devoir les appelle. Leur katiba (brigade) reprend l'offensive. L'objectif est un commissariat de police. S'ils le prennent, ils feront avancer le front.

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