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En Syrie, une presse citoyenne clandestine après des années de censure

27/09/2012 04:26 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

En Syrie où la presse est muselée depuis des décennies, une multitude de journaux clandestins et de sites internet nés d'initiatives privées ont fleuri depuis le début du soulèvement.

La plupart de ces médias soutenant l'insurrection contre le régime du président Bachar Al-Assad travaille dans le plus grand secret, et les journalistes utilisent des noms de plume de crainte d'être persécutés.

Suryitna (Notre Syrie), Oxygène, Hurriyat (Libertés) ou encore Enab Baladi (Raisin local) sont certains de ces médias, lancés pour la plupart par des citoyens journalistes. Ils sont largement suivis dans le pays et à l'étranger par les Syriens assoiffés de liberté.

"En tant que jeunes Syriens, nous voulions soutenir la révolution par tous les moyens possibles, et le journal est le résultat de notre effort commun", affirme à l'AFP Jawad Aboul Mouna, rédacteur en chef de Suryitna.

La plupart de ces médias sont des publications électroniques, mais des militants ont pris dans certains cas l'initiative de les imprimer et de les distribuer dans les zones où ils résident.

"Nous avons été surpris de découvrir que des centaines de copies de notre journal étaient imprimées à Homs", ville du centre de la Syrie dont une partie est tenue par les rebelles, dit M. Aboul Mouna, qui utilise un pseudonyme comme la plupart des opposants basés en Syrie.

"Tout ceux qui sont soupçonnés d'avoir contribué à des publications comme la nôtre ont été emprisonnés, et d'autres ont fui le pays", a affirmé l'opposant dont la publication a été lancée en septembre dernier.

Douze journalistes ont été tués depuis le début du soulèvement en mars 2011, selon un décompte de l'AFP. Selon Reporters sans frontières, 32 "net-citoyens" et citoyens journalistes ont également été tués, alors que 14 journalistes et 17 net-citoyens ont été emprisonnés.

"Nous voulons également documenter l'histoire des 40 dernières années, qui a été totalement passée sous silence sous le Baas", parti au pouvoir depuis 1963, affirme l'opposant.

Mais les citoyens journalistes font face à un autre obstacle, celui du manque de fonds.

"Ce qui m'inquiète vraiment est le fait de savoir dans quelle mesure nos médias pourront continuer à participer au processus de changement, surtout après la chute du régime", dit-il.

Les animateurs de ces médias ne cachent pas leur manque d'expérience, mais sont fiers de pouvoir exercer leur droit à la libre expression.

Sur sa page internet, Enab Baladi affirme vouloir être "un espace pour une pensée totalement libre".

Il est publié deux fois par semaine depuis Daraya, une localité au sud-ouest de Damas où plus de 500 personnes ont été massacrées en août dernier, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le régime et l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles) se sont mutuellement accusés de ce massacre.

Quatre semaines après la tuerie, tombée dans l'oubli dans le reste du monde, l'éditorial du journal est consacré à la nécessité de reconstruire la localité et d'aider les familles des victimes.

"Nous sommes des témoins de l'histoire, et nous sentons que nous avons la responsabilité de parler et de documenter ce qui se passe", affirme son responsable éditorial, un bénévole qui s'identifie par le seul nom de Natoor.

"La libre expression est une forme de légitime défense, un moyen de résister à la violence", ajoute le militant joint sur Skype. "Après un tel degré de violence, nous n'avons plus peur".

Natoor attend le jour où la paix reviendra en Syrie pour, avec son équipe de 25 bénévoles, transformer leur publication en journal professionnel.

"Notre but est d'avoir un journal objectif qui sera ouvert à tous les points de vue", assure-t-il. "Pour le moment, nous sommes sous les bombes et il est difficile de ne pas prendre partie".

bur-ser/at/sw

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