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Construction : le maire Tremblay lance un SOS à Québec

27/09/2012 12:00 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, réclame des outils pour lutter contre l'octroi de contrat à des entreprises liées au crime organisé. M. Tremblay est sorti de ses gonds au cours d'un point de presse impromptu en marge de la commission Charbonneau, jeudi matin.

Le maire ne comprend pas que les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui détenaient des preuves de corruption dans le milieu de la construction à Montréal, n'aient pas cru bon en informer les élus. « Toutes ces allégations qu'on entendait, tous ces ouï-dire, c'était connu », déplore M. Tremblay. « Et quand on voit ça à la télévision, on se demande comment se fait-il qu'on ne bouge pas plus rapidement. »

Le maire réagissait ainsi aux images diffusées à la commission Charbonneau qui montrent des entrepreneurs en construction de la région de Montréal à l'ancien quartier général du clan Rizzuto, le café Consenza.

Le monde municipal pris en otage

Le maire de Montréal estime que le monde municipal est à la merci des entrepreneurs qui ont mis sur pied la collusion et la corruption dans l'état actuel des choses. Seul le gouvernement provincial peut intervenir pour corriger la situation. « On a fait ce qu'on pouvait, alors le monde municipal est pris en otage par des personnes qui veulent abuser des contribuables québécois », poursuit M. Tremblay.

Devant l'urgence de la situation, il réclame des mesures temporaires dans le cas où le gouvernement provincial ne peut lui fournir rapidement des moyens légaux de lutter contre la collusion et la corruption.

Le maire de Montréal estime que la commission Charbonneau « jouera un rôle déterminant » dans l'évaluation des allégations qui circulent depuis des années autour des contrats municipaux.

Le maire aurait dû être au courant, dit l'opposition

La chef de l'opposition officielle Louise Harel estime que le maire Tremblay aurait dû savoir qu'il y avait des problèmes de collusion et de corruption dans le processus d'octroi des contrats publics à la Ville de Montréal. Elle soutient que l'opposition a tenté à de nombreuses reprises de prendre des mesures pour contrer le phénomène. « Le maire de Montréal se cherche des excuses pour prétendre qu'il ne savait qu'il y avait des problèmes d'infiltration de la mafia en relation avec certains entrepreneurs en construction à Montréal », avance Mme Harel.

Le bureau de Mme Harel soutient que le parti Vision Montréal a proposé que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) prête main-forte à la Commission sur l'examen des contrats afin d'endiguer ce fléau. « Or, le maire a refusé », soutient l'attachée de presse de Mme Harel, Militza Jean. Elle soutient que la Fraternité des policiers de Montréal était pourtant en faveur d'une telle mesure.

« Je dirais que c'est un pattern pour le maire de Montréal de prétendre, après coup, qu'on aurait dû l'en informer », dénonce Mme Harel.

Accompagnée de la mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles, Chantale Rouleau, Mme Harel soutient que le maire aurait pu retarder l'octroi de certains contrats en attendant que Québec fournisse de nouveaux outils pour lutter contre la collusion et la corruption. Le maire a refusé que l'arrondissement de Mme Rouleau retarde des travaux. Il exigeait que les travaux soient réalisés avant le 31 décembre. « Il n'a pas pris ses responsabilités », estime Mme Rouleau.

« Nous avons tenté à tellement de reprises de sonner l'alarme sur cette question, entre autres sur la nécessité que le SPVM soit mis à contribution en relation avec la commission sur l'octroi des contrats de la Ville de Montréal, que nous ne pourrions pas accepter qu'aujourd'hui le maire veuille prétendre qu'il aurait dû le savoir », poursuit Mme Harel. « En fait, c'est lui qui n'a pas voulu le savoir! », ajoute-t-elle.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a abondé dans la même direction que Louise Harel. « Une fois de plus, Gérald Tremblay nous dit qu'il est tombé des nus quand il a écouté les nouvelles d'hier », a-t-il lancé aux journalistes.

Selon le chef de la deuxième opposition, le maire de Montréal aurait refusé de resserrer le système d'attribution des contrats. « J'ai ici le modèle de réforme que Jacques Duchesneau a proposé au maire en décembre 2009, avant la dernière élection », soutient Richard Bergeron, ajoutant que M. Tremblay n'y aurait jamais donné suite.

Québec à la rescousse

Le ministre responsable de la région de Montréal, Jean-François Lisée, reconnaît le problème.

M. Lisée estime que les Québécois paient une taxe « probablement d'achat d'influence ». Il déplore que cette « taxe », en plus de coûter cher aux Québécois, « pervertit complètement le système d'appel d'offres et de compétition qui est censé nous donner le plus bas coût possible pour des travaux de qualité ».

M. Lisée a rencontré le maire Tremblay jeudi matin pour l'assurer que le gouvernement lui fournirait les outils nécessaires afin de lutter contre le système d'octroi des contrats. Le ministre Lisée a indiqué au maire Tremblay que l'Assemblée nationale s'occuperait du dossier à compter du 30 octobre, date à laquelle l'Assemblée amorcera ses travaux.

« [Le 30 octobre], je trouve ça un peu tard », lance le maire Tremblay. Il réclame une séance spéciale qui permettrait aux élus provinciaux de donner des outils pour lutter contre le système d'octroi des contrats municipaux le plus rapidement possible. M. Tremblay explique qu'il doit continuer de faire réparer les conduites d'eau qui se brisent régulièrement dans les rues de Montréal. Il déplore de devoir embaucher des firmes incriminées dans les vidéos de la commission Charbonneau.

« Le ministre nous a dit de façon très claire : "On va vous donner des outils pour refuser de façon légale de donner des contrats à des firmes [sur lesquelles planent] des allégations de collusion et de corruption" », a déclaré le maire Tremblay.

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