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A Alep, les rebelles syriens disent manquer de munitions

27/09/2012 04:24 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

Au QG de la brigade al-Tawhid, la plus importante d'Alep, les dirigeants syriens rebelles ont une explication à leur enlisement dans cette ville: le peu de munitions qui leur reste leur permet tout juste de défendre leurs positions avec des snipers parcimonieux.

Pour le débriefing du soir, les chefs d'unité arrivent les uns après les autres, venus des bases établies dans les quartiers de Seif al-Dawla, d'Izaa, de Salaheddine et d'al-Amiriya, dans l'est.

Certains sont vêtus d'un treillis, d'autres n'en ont que le pantalon ou le gilet, d'autres encore sont habillés en civil. Parmi eux, des combattants au front ceint d'un bandeau portant la profession de foi islamique et des hommes aux bras tatoués de coeurs transpercés de flèches.

Tous ou presque font le même constat: plus rien ne bouge à Alep, faute de munitions côté rebelles.

Après avoir effectué fin juillet une importante percée, au début des combats dans cette métropole du nord de la Syrie longtemps restée à l'écart de la contestation, les rebelles ne combattent plus désormais que pour conserver ou assurer leurs positions.

"Depuis un mois, le front ne bouge plus", explique Abou Fourat, l'un des chefs de la brigade al-Tawhid. Pour cet officier déserteur de l'armée régulière, le manque de munitions explique la situation.

"Les pays qui disent défendre les droits de l'Homme doivent nous envoyer des munitions", lance un homme, alors qu'au rapport de chaque chef d'unité revient le même leitmotiv: "je n'ai plus de munitions".

"Les chefs de l'extérieur, je n'ai pas reçu une seule balle de leur part", s'insurge un rebelle, faisant référence aux dirigeants de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles) qui viennent d'annoncer leur retour en Syrie après avoir passé près d'un an et demi réfugiés en Turquie.

Après avoir saisi, assurent-ils, 5.000 fusils et quelque 2.500 lance-roquettes dans la caserne du quartier Hanano lors d'une récente attaque, les rebelles sont désormais à cours de munitions.

"Vous, les jeunes, vous connaissez Facebook et les sites internet, lancez un appel au don, faites quelque chose", dit un chef.

Assis à même le sol, il est penché avec les autres sur deux cartes: l'une placardée sur un panneau en bois et l'autre, plastifiée, imprimée à partir de Google Earth.

Le doigt pointé sur la carte, ils discutent des prises du jour. Certaines rues sont désormais aux mains de l'opposition armée, d'autres lui échappent toujours, les rebelles progressant à couvert à travers les murs percés des immeubles résidentiels.

"Aujourd'hui, nous contrôlons entre 60 et 70% d'Alep et 100% des localités de la région", affirme Hadji al-Bab, l'un des hauts dirigeants de la brigade.

Toutefois l'armée de l'air du régime contrôle seule le ciel et procède à des bombardements réguliers. Et l'AFP a constaté que les troupes régulières tenaient encore plusieurs routes reliant Alep à la frontière turque, plus au nord.

"L'autre jour, nous avons attaqué l'armée, nous avons tué et blessé des dizaines de soldats, mais comme d'habitude les médias officiels ont annoncé +une opération réussie contre les bandes terroristes armées+ et la mort de +centaines de terroristes+", rapporte un homme, au milieu des rires.

Les autorités, qui ne reconnaissent pas la contestation, assimilent rebelles et opposants à des "bandes terroristes armées" semant le chaos dans le pays.

Après avoir fait le point sur les opérations du jour, vient le moment de parler du lendemain.

"Nous avons repéré un colonel de l'armée qui tue des civils. C'est ton secteur, je te demande de t'en occuper. Si tu veux, je peux te donner un tireur embusqué", lance Abou Fourat au chef d'une unité.

Un franc-tireur de l'armée a déserté en emportant son casque avec viseur intégré, une arme de construction iranienne selon les insurgés.

Ce nouveau combattant est précieux pour les rebelles d'Alep où la plupart des batailles se jouant désormais entre snipers.

bur/sbh/phs

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