NOUVELLES

A Alep, des rebelles syriens tentent le tout pour le tout

27/09/2012 04:15 EDT | Actualisé 27/11/2012 05:12 EST

Sous le préau d'une école, des dizaines de rebelles syriens fourbissent leurs armes en scandant des slogans. Soudain, l'ordre tombe, le groupe traverse en courant la cour de l'école dans la mire des snipers de l'armée régulière et s'élance dans la "bataille décisive" lancée jeudi à Alep.

Autour d'eux, les rafales de kalachnikovs résonnent sans discontinuer, comme un très long roulement de tonnerre. De temps à autre, une énorme déflagration retentit: ce sont des tirs de roquette des troupes du président Bachar al-Assad.

A chaque nouvelle explosion, les slogans reprennent de plus belle: "Allah Akbar", lancent-ils tous à voix forte. "On crie pour effrayer les soldats et leur montrer à quel point on est nombreux", explique un rebelle.

A ses côtés, un combattant adossé au mur -- paradoxalement, sur son Tshirt est inscrit "Stop Wars".

Pour encourager les troupes, les chefs des différentes unités se veulent rassurants: "Nous avons attaqué l'armée et elle recule. Tout va bien", assurent-ils tous dans les talkies-walkies qui leur servent à communiquer depuis les différents fronts.

"La victoire est pour nous. Si Dieu le veut, aujourd'hui nous allons gagner", répètent-ils, tandis que de l'appareil sortent les mêmes slogans entrecoupés de grésillements.

Armés de kalachnikovs et de lance-roquettes, les hommes montent au front coiffés de keffieh de toutes les couleurs, en treillis ou simplement vêtus de t-shirts colorés.

Tapis à l'abri de sacs de sable, des tireurs embusqués visent les forces régulières à portée de balle, tandis que derrière un grand tissu tendu en travers d'une rue, trois rebelles s'activent autour d'un canon à mortier.

Ils lancent trois obus, sans savoir vraiment où ils atterriront, tandis que les roquettes lancées par l'armée régulière soulèvent des nuages de poussière de leur côté.

Dans le quartier d'Izaa, en ruines, les fils électriques pendent au-dessus des maisons encore debout où les rebelles ont installé des hôpitaux de fortune.

Plusieurs infirmiers en blouse transportent les premiers blessés, ensuite transférés vers l'arrière à bord de pick-up siglés "Armée syrienne libre" ou portant le nom de leur brigade.

C'est la brigade al-Tawhid, la plus importante de la métropole commerçante du nord, qui a lancé cette attaque.

Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube au nom de cette brigade, intitulée "Annonce du début de la bataille décisive d'Alep", un homme en civil muni d'un talkie-walkie déclare: "Aujourd'hui, l'attaque contre l'armée d'Assad a commencé sur tous les fronts. (...) la bataille d'Alep sera décisive".

"Ce soir, soit Alep sera à nous, soit nous serons défaits", a affirmé à l'AFP un des dirigeants d'al-Tawhid, l'officier déserteur Abou Fourat.

Sur le terrain, la plupart des combattants sont issus des nombreuses brigades qui agissent sous les ordres d'al-Tawhid.

Abou Fourat amène des renforts. "Dépêchez-vous, le régime est en train de tomber et vous êtes encore là!", hurle-t-il aux jeunes combattants encore au QG de leur brigade.

Arrive un convoi de trois voitures et un camion, à bord desquels des dizaines d'insurgés sont entassés.

Le prophète "Mahomet est notre chef pour l'éternité", lancent-ils. Leur slogan fait écho à celui des forces régulières qui ont, elles, inscrit sur les murs des villes où elles sont passées: "Assad pour l'éternité".

Entre l'école dévastée d'où partent les rebelles et le front, de longues traînées de sang jalonnent le parcours, qu'il faut faire en courant, tête baissée, de peur de recevoir une balle des snipers du régime.

Le silence est tombé jeudi dans les autres quartiers d'Alep, survolés par les hélicoptères de l'armée de l'air qui contrôle seule les cieux, et les civils ne se montrent pas.

Seuls des pick-up transportant des armes et des rebelles circulent, à tombeaux ouverts, tandis que résonnent des appels à la prière annonçant la bataille et soutenant les combattants.

bur/sbh/cnp

PLUS:afp