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URSS-Canada 1972: la série du siècle en hockey sur fond de guerre froide

26/09/2012 05:30 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

La série de huit matches de hockey sur glace gagnée par le Canada contre l'URSS en 1972 reste dans les mémoires en Russie 40 ans après comme un événement historique, sportif et politique, en pleine guerre froide, qui a ouvert la voie à la mondialisation de ce sport.

Cette "série du siècle" entre les deux superpuissances du hockey - six titres olympiques pour le Canada de 1920 à 1952, quatre pour l'URSS de 1956 à 1972 - avait pour but de déterminer quelle était la meilleure équipe de la planète.

Le Canada avait boycotté quelques mois plus tôt le tournoi des Jeux de Sapporo pour protester contre l'interdiction d'aligner des professionnels et comptait justement sur le renfort de ses vedettes de la Ligue nord-américaine de hockey sur glace (LNH) pour contester la suprématie des Soviétiques.

"Nous ne les prenions pas au sérieux. Avec une telle équipe, comment aurions nous pu perdre?", se souvient Paul Henderson, membre de l'équipe canadienne, dans une interview récente sur le site de la LNH.

Sur la glace, les Canadiens avaient toutefois failli déchanter, puisqu'ils l'avaient difficilement emporté 4 victoires à 3 (et un nul) face aux amateurs soviétiques.

Au-delà de l'aspect sportif, il s'agissait d'abord d'une "confrontation entre des régimes politiques", entre deux systèmes opposés, le monde communiste et l'Occident, raconte Boris Mikhaïlov, l'un des attaquants de l'équipe soviétique en 1972, dans une interview à l'hebdomadaire russe Itogi.

L'organisation de ces rencontres, du 2 au 28 septembre, était loin d'être acquise à l'origine car des membres du Politburo du Parti communiste soviétique --l'instance dirigeante du pays-- y étaient opposés, se souvient l'ancien hockeyeur.

"C'est seulement plus tard qu'on a appris que de vives controverses avaient éclaté au sein de la direction du parti et des dirigeants sportifs du pays sur l'opportunité d'organiser ces matches", a déclaré à l'AFP le rédacteur en chef du magazine sportif l'Amateur, Vitali Dymarskiï.

Dans un contexte de timide détente entre l'Est et l'Ouest, "la position du secrétaire général (du Parti communiste soviétique), Leonid Brejnev, grand amateur de hockey, a été décisive", souligne Mikhaïlov.

"Laissons nos gars aller jouer!", avait dit Brejnev, se souvient Mikhaïlov.

Les quatre premières rencontres avaient été disputées au Canada (Montréal, Toronto, Winnipeg, Vancouver) et les quatre suivantes à Moscou.

En arrivant au Canada, Mikhaïlov a constaté que "les sentiments anti-soviétiques étaient très forts. Quand les joueurs sont sortis de l'hôtel et ont pris le bus pour aller au match, ils ont été escortés par deux cordons de policiers" jusqu'à leur arrivée au stade, raconte-t-il.

Sur le terrain, alors que les Canadiens s'attendaient à l'emporter facilement, à leur grande surprise, les Soviétiques ont gagné le premier match (7-3). Les Soviétiques se sont inclinés au deuxième (4-1) avant de faire match nul (4-4) et de remporter la quatrième rencontre (5-3), revenant à Moscou avec un avantage psychologique.

En Russie, où le hockey sur glace a toujours été un sport très populaire, les quatre rencontres URSS-Canada furent "un événement fantastique suivi par tous", déclare à l'AFP le politologue Mark Ournov.

"Cela a été un choc, un événement inattendu, une percée dans un autre monde", renchérit M. Dymarskiï en référence à cette confrontation avec un pays d'outre-Atlantique à une époque où les Soviétiques vivaient dans un univers très fermé.

Dans la salle du Palais des sports Loujniki, le Canada s'est à nouveau incliné au premier match (5-4), avant de s'imposer aux deuxième (3-2), troisième (4-3) et quatrième match dans les dernières secondes (6-5).

Ces rencontres historiques en pleine guerre froide ont bouleversé le monde du hockey, permettant notamment à la LNH de découvrir de talentueux joueurs en Europe.

Car après la série URSS-Canada, "des hockeyeurs soviétiques ont fui outre-Atlantique" pour jouer dans la LNH, marquant ainsi "le premier pas de la mondialisation du hockey", observe M. Dymarskiï.

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