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Tunisie: une femme violée par la police accusée d'atteinte à la pudeur

26/09/2012 07:14 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

Plusieurs ONG tunisiennes ont dénoncé mercredi les poursuites pour "atteinte à la pudeur" engagées contre une jeune femme violée par deux policiers, alors que le gouvernement dominé par les islamistes est régulièrement accusé de s'en prendre aux droits des femmes.

Les deux policiers, incarcérés pour viol, la jeune femme et son fiancé "ont été convoqués par un juge d'instruction mercredi 26 septembre pour une confrontation où elle est entendue en tant qu'accusée du délit d'atteinte à la pudeur et voies de fait", selon un communiqué signé notamment par l'Association tunisienne des femmes démocrates et la Ligue tunisienne des droits de l'Homme.

Les signataires dénoncent une procédure qui "transforme la victime en accusée, qui vise à la terroriser et à l'obliger, elle et son fiancé, à renoncer à leurs droits".

Les associations s'interrogent aussi "sur le sérieux de l'engagement du gouvernement à appliquer le plan national de lutte contre la violence faite aux femmes".

Interrogé par l'AFP, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouche, a indiqué que son ministère "n'avait rien à voir" avec les poursuites engagées contre la jeune femme, soulignant que la décision relevait d'un juge d'instruction.

"Dans cette affaire, nous nous sommes comportés comme il fallait. Ce qui devait être fait a été fait, les trois agents ont été arrêtés tout de suite", a-t-il dit.

Le ministère de la Justice était pour sa part injoignable mercredi en milieu de journée.

Le 3 septembre, la victime et son fiancé étaient dans leur voiture lorsqu'ils ont été abordés par trois policiers. Deux d'entre eux ont violé la jeune femme pendant que le troisième gardait son ami.

L'affaire avait fait scandale d'autant plus que le porte-parole du ministère de l'Intérieur avait déclaré que le couple avait été retrouvé par les policiers dans une "position immorale", tout en précisant que cela ne justifiait pas le viol qui a suivi.

Les associations féministes tunisiennes dénoncent, depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes d'Ennahda après la révolution, le comportement de la police à l'égard des femmes, qui seraient régulièrement harcelées pour leur tenue vestimentaire ou lors de sorties nocturnes sans un homme de leur famille.

Khaled Tarrouche a rejeté ces accusations, affirmant que ce type d'affaires sont des cas "isolés".

"Ce sont des actes isolés, il ne faut pas y voir quelque chose d'organisé ou de généralisé", a-t-il dit. "Les policiers sont aussi des citoyens avant tout et lorsqu'ils commettent des fautes, on applique la loi sans équivoque", a assuré le porte-parole.

Les femmes tunisiennes bénéficient du statut le plus moderne du monde arabe depuis la promulgation du Code de statut personnel (CSP) le 13 août 1956 instaurant l'égalité des sexes dans plusieurs domaines, mais elles restent discriminées dans plusieurs autres, notamment concernant les héritages.

Les islamistes d'Ennahda ont déclenché un large mouvement de contestation en août en proposant d'inscrire dans la Constitution la "complémentarité" des sexes et non l'égalité. Ce projet de texte a été abandonné lundi.

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