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Près de la frontière turque, la longue attente des déplacés syriens

26/09/2012 09:43 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

Ils s'entassent à dix dans des tentes de fortune, accrochées à des oliviers. La frontière turque est à quelques mètres mais les semaines passent et ces déplacés syriens restent prisonniers de leur pays en guerre.

Dans et autour du village d'Atmé, contrôlé par la rébellion tout au nord de la Syrie, ils sont des milliers à attendre, dans des écoles ou des abris de fortune, que la Turquie leur ouvre la porte et les transfère dans l'un de ses camps de réfugiés.

Oubliés de toutes les organisations humanitaires, syriennes comme internationales, ils subsistent grâce à la générosité de familles syriennes et à la mobilisation de bénévoles venus de tous les coins du pays.

Ahmad Najjar, 41 ans, était maçon dans le village d'Ad Dana, à 40 km d'Atmé. Pendant un mois, il est resté cloîtré avec les siens dans sa maison, mais quand les obus se sont rapprochés et qu'un voisin est mort, il a emballé quelques tapis et couvertures et pris à son tour le chemin de l'exode.

"Cela fait 31 jours que nous sommes ici", raconte-t-il en allumant entre des pierres un feu de bois pour faire chauffer de l'eau. "Tous les jours, ils nous disent +Demain, demain+, mais on ne peut jamais entrer en Turquie. Les nuits deviennent froides, les enfants sont malades."

L'armée turque, basée tout à côté dans un poste au sommet de la colline, entrouvre régulièrement la porte aux réfugiés, en fonction des capacités d'accueil en Turquie, qui ont atteint leurs limites dans l'attente de la construction de nouveaux camps.

Certains jours, vingt personnes sont appelées sous de grandes tentes, de l'autre côté des barbelés, où l'on prend leurs noms avant de les faire monter dans des camions. D'autres fois, ce sont plusieurs centaines.

"On ne le sait jamais à l'avance" explique Ihab, un professeur de mathématique de 28 ans, dans l'une des écoles d'Atmé où il gère l'approvisionnement. "Quand ils laissent entrer de nombreuses familles, cela se sait et les gens affluent de partout. A nous de les nourrir".

Toutes les villageois ou presque accueillent des cousins, des amis. Vingt, trente personnes par maison. La construction d'un camp de toiles pour 500 personnes, avec eau et toilettes, est prévue pour les jours à venir à l'orée d'Atmé.

Près de 200 familles s'entassent dans l'école. Les femmes et les enfants dorment dans les salles de classe vidées de leur mobilier, les hommes sont dans la cour.

Dans la cuisine, quatre gros réchauds permettent de faire cuire chaque soir 225 kilos de riz dans des marmites géantes. Contre le mur, des sacs de pommes de terre, don d'un agriculteur des environs. L'eau, coupée depuis deux mois, est tirée de puits et stockée dans des réservoirs. Quand il y a de l'électricité pour les pompes...

"Au début des combats, ils ne restaient pas longtemps", explique Ihab. "Mais depuis que la Turquie ne les accepte plus qu'au compte-gouttes, ils sont nombreux à dépendre de nous".

Agé de 45 ans, Omar, qui refuse de révéler son nom de famille, campe depuis plus d'un mois dans la cour, sous une tente faite de tapis tendus sur des pupitres.

"Si nous connaissions des gens en Turquie, nous passerions clandestinement", dit-il. "Mais ce n'est pas le cas. Et le camion qui nous a transportés jusqu'ici a coûté tout l'argent que nous avions".

Samiha, mère de famille de 42 ans, est seule avec ses sept enfants, dont deux adolescentes voilées qui baissent le regard et tournent la tête devant tout étranger.

"Si les Turcs nous laissent entrer, on y restera jusqu'à la chute de ce régime qui nous bombarde et nous tue", s'emporte-t-elle. "Notre village, Dar Et Azza, a été visé par des roquettes, des bombes, des avions ! Je ne savais plus comment calmer les enfants. Ici, au moins, c'est calme".

mm/fc

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