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26/09/2012 11:39 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

L'Algérie dubitative sur une intervention africaine au Mali

L'Algérie, plus préoccupée par sa paix intérieure avant la présidentielle de 2014, privilégie le dialogue au Mali voisin mais devrait se résigner à une éventuelle intervention militaire ouest-africaine autorisée par l'ONU, estiment les analystes.

La situation de plus en plus chaotique au Mali, dont le nord est sous la coupe de groupes extrémistes armés et de trafiquants, a poussé Bamako à un accord en ce sens avec les pays ouest-africains de la Cédéao, tandis que la question est examinée cette semaine à l'ONU.

L'Algérie a toujours été opposée à une intervention militaire étrangère, mais elle n'a "incontestablement plus sa capacité à jouer les rôles qu'elle jouait auparavant", juge Chafik Mesbah, ancien officier spécialiste des questions de Défense, se référant à l'ère tiers-mondiste sous Houari Boumediene dans les années 1970.

Ses médiations entre les autorités maliennes et les Touaregs n'ont pas empêché la crise d'éclater en mars, lorsque des Touaregs ont proclamé leur indépendance au nord avant d'être balayés par des islamistes.

Alors que le Printemps arabe a balayé plusieurs régimes autocrates en place depuis des décennies, l'Algérie a jusqu'à présent résisté au mouvement. Grèves et manifestations font long feu à coups d'augmentations de salaires, même si l'inflation, supérieure à 7% ces derniers mois, pèse sur le pouvoir d'achat.

Le président Abdelaziz Bouteflika, en poste depuis 13 ans, a lancé des réformes politiques. Mais en mai, les élections législatives ont maintenu une majorité d'anciens élus et le Front de libération nationale (FLN, parti du président) domine encore largement, 50 ans après l'indépendance.

"L'Algérie est plutôt encline à vouloir sauver les meubles, c'est-à-dire à se concentrer sur l'unité interne et à laisser le reste", estime M. Mesbah.

La stabilité est "un enjeu fondamental" pour les dirigeants algériens, souligne Rachid Tlemçani, professeur de politique internationale et de sécurité régionale à l'Université d'Alger.

"Ils cherchent à tout prix l'unité et la paix sociales jusqu'en 2014, tout en regardant de très près ce qui se passe au sud (Mali, Niger) et à l'ouest (Tunisie, Libye)", explique-t-il.

L'Algérie craint "qu'une intervention militaire ne réveille tous les intégrismes régionaux, ethniques ou religieux, avec le risque d'ouvrir une boîte de Pandore", ajoute-t-il.

Immense pays aux confins désertiques, l'Algérie est peuplée de sédentaires au nord, arabes ou kabyles, et de nomades au sud, essentiellement des Touaregs ayant des liens familiaux de part et d'autre des frontières.

"Une explosion dans le sud provoquerait une déstabilisation du nord allant même jusqu'au Maroc. Ce serait inéluctable", insiste M. Tlemçani.

Alger et Rabat, qui se sont livrés à "une guerre des sables" sur leur tracé frontalier en 1963, sont maintenant en désaccord sur le Sahara Occidental, ex-colonie espagnole que le Maroc occupe tandis que l'Algérie soutient les indépendantistes du Front Polisario.

En cas d'intervention militaire régionale, "le principe de l'intangibilité des frontières sera remis en cause, avec un risque d'implosion comme en Somalie", relève M. Tlemçani.

Selon un diplomate spécialiste de la région, les autorités algériennes craignent aussi "de se retrouver dans un affrontement frontal" avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qu'elles avaient réussi à chasser de leur territoire durant la décennie noire (1992-2002).

Dans ce contexte, "les Algériens n'interviendront sans doute pas militairement, du moins pas ouvertement", selon le diplomate, dont l'opinion est partagée par les deux autres experts.

Si la Cédéao et Bamako partent à la reconquête du Nord, "Alger fera preuve de pragmatisme" et ne condamnera pas l'intervention, ajoute le diplomate.

Eu égard à ses difficultés internes, "jamais l'Algérie ne prendra le contre-pied des décisions prises à l'extérieur" sur une intervention militaire au Mali. "Elle est dans une position mi-figue mi-raisin", conclut Chafik Mesbah.

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