NOUVELLES

En Irak, des adolescentes soulèvent de la fonte et des espoirs

26/09/2012 05:40 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

Des mains qui claquent, un cri pour se donner du courage et Houda Salem, jeune Irakienne de 15 ans, arrache 40 kg. Une grimace et l'haltérophile laisse la barre retomber. Elle est loin de son record, mais ici, la prouesse physique le dispute au défi lancé aux traditions.

Le ventilateur brasse un air saturé de sueur et de magnésie, la poudre qui permet une meilleure prise. Des montagnes de biceps au visage rougi agrippent, soulèvent et relâchent des barres de 80, 100, 120 kg. En cadence, une douzaine d'hommes enchaînent "arrachés" --barre brandie d'un coup-- et "épaulés-jetés", où la barre est d'abord posée sur les épaules. La salle d'entraînement du nord de Bagdad sent le muscle.

Dans un coin, Houda dans son survêtement fatigué se tortille sur un banc et attend son tour sur le "plateau" réservé à la première équipe féminine d'haltérophilie irakienne.

"Lever des poids, j'adore ça", confie la jeune fille. "Je suivais souvent les championnats d'haltérophilie à la télévision, et un jour je me suis inscrite à un club", dit Houda. Et d'égrener ses records: 60 kg à l'arraché, 72 kg à l'épaulé jeté.

Un palmarès qu'elle et ses trois coéquipières comptent bien faire fructifier lors du championnat arabe d'haltérophilie cadets-juniors qui s'ouvre jeudi à Rabat, au Maroc. "Je vise la médaille d'or", souffle Houda.

Houda fait passer sa démarche pour une formalité. Mais avec l'emprise croissante de religieux conservateurs sur les questions de société depuis l'invasion de 2003, les Irakiennes ont vu leurs libertés individuelles régresser.

Pourtant, c'est à peine si Houda et ses coéquipières se plaignent. La toute timide Tiba Nabil, 13 ans à peine, concède qu'elle aimerait bien "une salle réservée aux femmes", mais dans l'ensemble "ma famille m'a encouragée à pratiquer" l'haltérophilie.

A la tête de l'équipe, l'entraîneur Abbas Ahmed Abbas. C'est lui qui, il y a un an, a eu l'idée de monter une équipe nationale féminine d'haltérophilie. "Il est plus facile de former des filles dès un jeune âge pour qu'elles aient de bonnes bases par la suite", raconte-t-il.

Plus mesuré que les filles qu'il entraîne, il avoue avoir dû composer avec nombre de sensibilités depuis son club de Sadr City, le bastion chiite conservateur de Bagdad, duquel sont issus trois des quatre membres de l'équipe.

Les femmes dans le sport, "c'est un sujet très sensible en Irak. Nous sommes un pays moyen-oriental, musulman (...). Lorsque j'ai commencé (à entraîner), j'ai dû faire très attention à ne heurter personne. J'ai pris en compte les traditions qui prévalent dans une société musulmane", explique M. Abbas.

Et très vite, s'est posée la question du hijab, le voile qui couvre la tête mais ne cache pas le visage, porté par nombre de femmes irakiennes en public.

Si elles arrivent et repartent de l'entraînement voilées, dès qu'elles s'approchent des barres, Houda, Tiba et leurs coéquipières retirent leur hijab, ne gardant, pour Houda, qu'un foulard qui retient ses cheveux. Mais, comme elle le souligne, "je ne suis pas comme les étrangères. Elles peuvent porter ce qu'elles veulent. Moi, je porte le hijab, mais c'est très peu commode pour soulever des poids, donc ici je l'enlève".

Dans la salle d'entraînement mixte, Moustapha Razi, un grand gaillard tout en muscles s'apprête à soulever un bon quintal de fonte. "Ca ne me pose aucun problème de m'entraîner à côté de filles. Mais bon, les filles trop musclées, c'est laid", lance-t-il.

gde/sw/bvo

PLUS:afp