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Commission Charbonneau: des échanges d'argent filmés par la GRC (VIDÉO)

26/09/2012 06:02 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

La commission Charbonneau est entrée dans vif du sujet mercredi matin en ce qui concerne les liens entre la mafia et l'industrie de la construction.

Plusieurs vidéos montrant des entrepreneurs en construction se présentant à l'ex-quartier général du clan Rizzuto à Montréal, le café Consenza, ont été déposées en preuve mercredi matin à la commission d'enquête sur l'industrie de la construction.

La majorité d'entre elles montrent l'ex-dirigeant de Mivela Construction, Nicolo Miloto, remettant de l'argent à Rocco Sollecito dans le bureau situé au fond de l'établissement qui se trouvait rue Jarry, dans l'est de la ville.

D'autres vidéos ont aussi montré Domenico Arcuri, de Construction Mirabeau, et Francesco Catania, cofondateur des Constructions F. Catania et associés se présentant dans la même pièce.

Dans la majorité des cas, le patriarche du clan sicilien de Montréal, Nicolo Rizzuto père est présent. Les vidéos ne montrent jamais son fils Vito, puisqu'il était emprisonné à l'époque en attendant son extradition aux États-Unis.

Selon Éric Vecchio, enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal présentement affecté à la commission, M. Milioto était un middleman, un intermédiaire qui faisait la liaison entre des entrepreneurs en construction et le clan Rizzuto.

Mardi, un caporal de la GRC, Vinicio Sebastiano, a dit que M. Milioto a été aperçu 236 fois au café Consenza pendant l'enquête Colisée. L'enquêteur de la commission a expliqué que M. Milioto remettait toujours l'argent à Rocco Sollecito lorsque ce dernier était présent, même en présence de Rizzuto père. Selon lui, cela démontre les liens hiérarchiques dans l'organisation.

M. Vecchio a aussi annoncé au début de son témoignage que les enquêteurs de la commission avaient également réussi à identifier Lino Zambito dans les bandes vidéo de l'opération Colisée remises à la commission Charbonneau. M. Zambito n'avait pas été nommé par M. Sebastiano mardi.

Le témoignage de M. Vecchio porte sur le volet construction de la preuve récoltée au cours de l'opération Colisée. Les bandes vidéo font partie de la preuve que la Gendarmerie royale du Canada a initialement refusé de transmettre lorsque la commission Charbonneau l'a demandée, au printemps dernier. La commission a finalement eu gain de cause devant les tribunaux.

La commission ne réclamait pas toute la preuve de l'opération Colisée. Elle ne ciblait que 17 personnes et 7 entreprises.

Mardi, le caporal Sebastiano, qui a participé à l'opération Colisée, a révélé qu'au moins six entrepreneurs en construction ont été aperçus au Consenza lors de cette enquête qui a abouti à la plus importante rafle antimafia de l'histoire du pays.

Il a nommé ces entrepreneurs, qui figuraient sur une liste de personnes déposée en preuve lors d'une enquête sur remise en liberté d'associés du clan Rizzuto en août 2007. Il s'agit de :

  • Francesco Catania (19 visites);
  • Michel Argento, associé à Paramount Paving (5 visites);
  • Domenico Arcuri, de Construction Mirabeau (45 visites);
  • Tony Magi, associé avec Nicolo Rizzuto fils (1 visite);
  • Nicola Milioto, de la compagnie Mivela (236 visites);
  • Accursio Sciascia (37 visites).

Ces entrepreneurs ont été vus au Club social Consenza, mais ils n'ont pas été accusés dans le cadre de l'opération Colisée. On ne sait pas toujours quel était l'objet exact de leur visite, a précisé le caporal Vinicio Sebastiano.

D'autres noms figurant sur cette liste de 135 personnes ayant été aperçues au Consenza pourraient être associés à l'industrie de la construction, a dit M. Sebastiano. « Tous les noms ne me sont pas familiers », a-t-il admis.

M. Sebastiano s'est engagé à travailler avec les enquêteurs de la commission pour déterminer si d'autres personnes liées au domaine de la construction ou à des firmes de génie civil pouvaient être retrouvées sur cette liste.

« Ce ne sont pas des gens qui allaient là par hasard. [...] Le commun des mortels n'allait pas vraiment prendre un café là », a déclaré le témoin. En contre-interrogatoire, il a cependant admis que le Consenza était bel et bien un club social et que des gens y jouaient régulièrement aux cartes.

M. Sebastiano a expliqué aux commissaires que les mandats d'écoute obtenus par la GRC dans le cadre de l'opération Colisée portaient sur des sujets bien précis, et que l'industrie de la construction n'était pas l'un d'eux.

« Si c'était des conversations qui n'étaient pas reliées au sujet de notre enquête - le trafic de stupéfiants, bookmaking, paris sportifs, produits de la criminalité - nous ne l'écoutions pas », a-t-il précisé.

Les conversations liées à la construction étaient classées non pertinentes, à moins qu'elles ne soient liées à un des sujets d'enquête, par exemple la violence. Il en aurait été de même pour des conversations sur le financement des partis politiques, a-t-il ajouté, en précisant n'avoir jamais été lui-même témoin de telles conversations.

Des noms d'entrepreneurs déjà connus

M. Sebastiano est d'avis que des conversations portant sur l'industrie de la construction ont pu être enregistrées dans le cadre de l'enquête, mais sans qu'elles n'aient été écoutées. Il a dit ne pas savoir si elles ont été transmises à la commission. La commissaire Charbonneau a dit que ces enregistrements avaient été demandés.

Le nom de Domenico Arcuri a fait les manchettes à plusieurs reprises depuis quelque temps. Il a notamment été révélé par le quotidien La Presse le printemps dernier qu'il a participé à un petit-déjeuner de financement organisé par des membres de la firme de génie-conseil Genivar au restaurant Piccolo Mondo, à Laval. L'ex-ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, était présente.

Plusieurs méfaits visant des entreprises le concernant ont aussi eu lieu au cours des dernières semaines.

L'une des têtes dirigeantes du clan Rizzuto, Paolo Renda, était aussi active dans le domaine de la construction. M. Renda n'a plus été revu depuis qu'il a été enlevé en mai 2010.

Pour me joindre :

francois.messier-nm@radio-canada.ca

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