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Commission Charbonneau: échanges d'argent sur vidéo et entrepreneurs au Consenza

26/09/2012 11:20 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - À la Commission Charbonneau, mercredi, un policier a fait voir aux commissaires plusieurs vidéos tournées au club social Consenza, dans lesquelles on voit de l'échange d'argent et, dans certains cas, des entrepreneurs en construction qui viennent y porter de l'argent.

Ce club social de la rue Jarry à Montréal a été décrit par des policiers comme étant le lieu de rassemblement des têtes dirigeantes de la mafia montréalaise à l'époque, soit jusqu'en 2006.

D'épaisses liasses de billets y ont circulé, dont une de 20 000 $ en une occasion, selon les calculs des policiers.

C'est le policier Éric Vecchio, enquêteur du Service de police de la ville de Montréal prêté à la commission, qui a présenté ces vidéos. Comme il parle le dialecte sicilien, il a aussi pu relater le contenu de certaines conversations portant sur le partage d'argent entre les cinq têtes dirigeantes de la mafia montréalaise à l'époque.

Dans plusieurs de ces vidéos, datant de 2004 et 2005, on voit Nicolo Milioto, que le policier a décrit comme le «middle man», le lien entre le crime organisé et les entrepreneurs en construction. Il a déjà été lui-même propriétaire de Mivela construction, une entreprise spécialisée dans les trottoirs et îlots, que son gendre gère maintenant, a rapporté le policier Vecchio.

Sur certaines vidéos, on voit M. Milioto remettre de l'argent à Rocco Sollecito, qui le remet à son tour à Paolo Renda ou Nick Rizzuto père, des têtes dirigeantes de la mafia montréalaise à l'époque. Ceux-ci dissimulent souvent les liasses de billets dans leurs chaussettes avant de quitter.

On y voit aussi Francesco Catania, propriétaire de Construction F. Catania, qui a une conversation avec Nicolo Rizzuto père au Consenza. «À plusieurs reprises, on voit M. Francesco Catania avoir des conversations avec Nicolo senior» en utilisant un surnom «qui démontre une certaine proximité, de lien entre les deux hommes», a relaté le policier Vecchio.

On peut aussi voir au Consenza un autre entrepreneur, Acursio (Alex) Sciascia, propriétaire de Pavage ATG, une entreprise spécialisée dans le coulage de béton. On aperçoit également Domenico Arcuri, propriétaire de Mirabeau construction, une entreprise spécialisée dans les ouvrages de génie civil, avec Francesco Arcadi, identifié par les policiers comme une tête dirigeante de la mafia montréalaise à l'époque.

«Depuis la mi-août, monsieur Arcuri n'est pas vu, n'est pas présent dans la ville de Montréal ici; il n'est pas vu souvent. On a vu que ses propriétés, ses commerces ont été la cible de cocktail Molotov à répétition depuis environ un mois, un mois et demi», a souligné le policier Vecchio.

Dans une vidéo d'une fête de Noël qui dure plusieurs heures au Consenza, on voit également l'entrepreneur Lino Zambito, propriétaire d'Infrabec à Boisbriand, Paolo Catania, des Entreprises CatCan, et Rick Andreoli, de Canbec, entrepreneur dans le déneigement à Montréal.

Dans une autre vidéo, on aperçoit Lino Zambito qui retire une liasse d'argent «d'une épaisseur d'un pouce et demi» de son manteau et la remet à Nicolo Milioto, identifié par l'enquêteur Vecchio comme le «middle man» entre les entrepreneurs en construction et la mafia montréalaise.

Le policier Vecchio n'a pu, lui non plus, dire qui était aujourd'hui la tête dirigeante de la mafia montréalaise, maintenant que l'opération Colisée a décimé le clan Rizzuto. «C'est une question à 100 $», a-t-il lancé, avant d'évoquer différents scénarios, comme des unités mixtes dans lesquelles différentes formes du crime organisé pourraient se rassembler.

Il n'a pu dire s'il s'agissait d'une taxe de 2 pour cent, 3 ou 5 pour cent que certains entrepreneurs devaient verser à la mafia.

Il a aussi avancé que les coûts de construction, qu'on disait gonflés de 30 pour cent à Montréal, à cause de l'activité de la mafia, ne seraient plus gonflés que de 15 pour cent, selon ses sources.

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