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«Alphée des étoiles», une «une ode au bonheur» signée Hugo Latulippe

26/09/2012 03:40 EDT | Actualisé 26/11/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - Hugo Latulippe est revenu de ses deux années passées en Suisse avec dans ses valises «Alphée des étoiles», un long métrage documentaire portant sur sa fille atteinte d'une maladie rare, qu'il décrit comme «une ode au bonheur».

Après s'être intéressé à la situation des Tibétains («Ce qu'il reste de nous») ou encore aux ratés de l'industrie porcine québécoise («Bacon, le film»), le cinéaste a ainsi décidé de tourner sa caméra vers un sujet plus près de lui: sa fille Alphée, atteinte d'une maladie génétique rare, le syndrome Smith-Lemli-Opitz.

«Ce film-là, d'une certaine façon, c'est une lettre d'amour à ma fille, une lettre d'amour à ma fille et au monde. Je parle du monde à ma fille et je parle de ma fille au monde», résume le réalisateur à l'autre bout du fil.

Le long métrage, intimiste, marque en quelque sorte une rupture par rapport au travail auquel nous a habitués le cinéaste. Mais en même temps, il s'inscrit dans la continuité de ses oeuvres, invariablement engagées sur le plan social.

«Je savais que ça allait être un film sur notre rapport à l'altérité et à cette notion de la normalité, parce qu'Alphée ne cadre dans à peu près aucune petite boîte, et peut-être que ce sera le cas toute sa vie, et je pense que c'est précieux, les gens qui marchent de biais dans la vie, les gens qui sont la marge», expose le réalisateur.

Reste que ce long métrage documentaire constitue indéniablement, dit-il, un hommage à sa jeune fille maintenant âgée de 10 ans, née de son union avec sa conjointe, l'écosociologue Laure Waridel.

«C'est pas un film sur la réalité terre à terre d'une famille qui a un enfant avec un syndrome rare, dit le cinéaste. Pour moi, ça a été une manière de marcher dans les souliers d'Alphée.»

Hugo Latulippe et sa petite famille ont décidé de quitter le Québec après qu'on eut évoqué, du bout des lèvres, qu'Alphée pourrait se retrouver dans une école spécialisée. Destination: le petit village helvète de Chesalles-sur-Oron, où est née Mme Waridel.

«Au départ, on ne pensait pas l'inscrire à l'école, parce qu'elle n'était pas en âge encore, mais finalement, on l'a fait. Et toujours, les gens dans les petites écoles nous disaient que leur manière de réfléchir à l'intégration scolaire venait du Québec», se souvient-il.

Mais voilà, le système d'éducation québécois n'a plus les moyens de ses ambitions sur le plan de l'intégration scolaire des enfants en difficulté, analyse Hugo Latulippe.

«Le décalage qu'il y a, c'est dans l'application. Au fond, c'est le grand drame ici. Et ça, c'est notre réalité. C'est la fin du film et c'est ce qui nous inquiète», lance-il, précisant au passage que sa conjointe et lui ne sont «vraiment pas des fanatiques de l'intégration à tout prix».

Au-delà de son caractère intimiste, cette oeuvre tournée dans le cadre enchanteur des Alpes suisses a ainsi le potentiel de provoquer un débat de société, estime Hugo Latulippe.

Et «Alphée des étoiles» ne s'inscrit pas dans la mouvance des films larmoyants mettant en scène des enfants malades, poursuit son réalisateur.

«Je pense que c'est un film déroutant par rapport à ce à quoi on s'attend. On a souvent vu des films sur des enfants malades qui sont des films souvent dramatiques, voire terribles, moi-même ça me fait presque peur. Mais ce film-là, c'est une espèce de fable», spécifie-t-il.

Le cinéaste — un autre «produit» de l'émission radio-canadienne «La course destination monde» — soutient que sa nouvelle offrande est la plus cinématographique de sa carrière, et ce, même s'il s'est laissé guider par son intuition à certains moments.

«Il y a des scènes carrément surréalistes, mais c'est un film quand même assez formel dans la démarche, plus que dans mes autres films», dit Hugo Latulippe.

«Alphée des étoiles» sera présenté en première le 11 octobre dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC). Le film prendra l'affiche le lendemain au cinéma Beaubien, à Montréal, et cinéma Le Clap, à Québec.

Le film est coproduit par Esperamos et l’Office national du film du Canada avec la collaboration de Radio-Canada et RDI.

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