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A Alep, des civils entre colère et désillusion

26/09/2012 04:35 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST

Plus de deux mois après le début de la bataille d'Alep, des voix commencent à se faire entendre au sein de la population pour estimer que le prix de la "révolution" est trop lourd à payer et dénoncer des excès chez les rebelles.

L'image romantique d'un peuple se levant contre son tyran commence à se brouiller aux yeux de certains habitants de la grande métropole du nord de la Syrie dont de nombreux quartiers sont le théâtre quotidien de bombardements et de combats de rue meurtriers.

Pris entre les feux d'une guerre dont ils se sentent les ignorés, les plus en colère accusent même la rébellion de les utiliser comme des "boucliers humains".

A 65 ans, Fayez Shouaïb, un habitant du quartier dévasté de Seif al Dawla, ne cache pas sa désillusion.

"J'étais allé rendre visite à ma vieille mère et quand je suis rentré chez moi ma maison était occupée par une douzaine de types en armes, se remémore-t-il. Certains portaient mes vêtements, ils utilisaient ma cuisine et regardaient ma télévision".

Ancien topographe, il a vécu dix ans à New York pour y "construire un pont". Il affirme souffrir de diabète et de problèmes cardiaques.

"Ne t'inquiète pas vieux, me disaient-ils, on ne va rien te voler. Je pourrais être leur grand-père mais ils ne respectent rien ni personne. J'ai essayé de les faire partir mais ils m'ont répondu qu'ils ne bougeraient pas d'ici. Ils croient que porter une arme et lutter contre (le président Bachar) al-Assad leur donnent tous les droits".

Les jeunes rebelles lui ont proposé de se choisir une maison voisine en lui promettant qu'ils iraient "défoncer la porte à coups de pied" pour qu'il puisse s'y installer.

"Imagine que les propriétaires reviennent et qu'ils me trouvent dans leur lit ! Ils me tueraient à bon droit", s'insurge Fayez en affirmant qu'il avait dû se résoudre à aller dormir dans la rue.

"Nous payons un prix très élevé pour gagner la liberté"

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Désormais réfugié sommairement dans un petit local attenant à sa maison, s'éclairant à la lueur de deux bougies, il rumine son désenchantement: "Nous payons un prix très élevé pour gagner la liberté. Non, je ne veux pas de révolution si c'est le prix à payer".

"A Alep, il y a beaucoup de bâtiments vides. Ils sont encore tout neufs, n'ont pas eu le temps d'être occupés. Je leur ai suggéré d'aller s'y installer et d'abandonner les maisons où vivaient des familles", se plaint-il.

Selon lui, ils ont refusé. "Ils craignent de devenir des cibles désignées pour l'armée du régime s'ils s'installent dans des bâtiments vides. C'est pour ça qu'ils préfèrent vivre au milieu de la population. Ils nous utilisent comme des boucliers humains", accuse le vieil homme.

Abou Hussein, un commerçant, dénonce pour sa part des pillages auxquels se livreraient les rebelles: "Ils entrent dans les boutiques, prennent ce que bon leur semble et évidemment ils ne paient rien sous prétexte qu'ils luttent pour ma liberté. Si c'est ça la liberté qui nous attend, qu'ils se la gardent, je n'en veux pas"!.

La colère retombée, il relativise un peu: "Je les remercie de tout mon coeur pour la lutte qu'ils mènent mais ils ne font pas bien les choses. Nous commettons beaucoup d'erreurs et on finira par les payer tôt ou tard. Les gens commencent à ne plus croire en eux", avertit-il.

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