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25/09/2012 04:24 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Syrie: les assaillants de la base 46

Le rugissement du chasseur-bombardier approche: les rebelles syriens se cachent à l'intérieur, certains se précipitent pour dissimuler sous les oliviers voitures et motos.

Sur les hauteurs rocailleuses du gros bourg d'Atareb, à l'ouest d'Alep, qu'ils ont enlevé à l'armée régulière syrienne il y a trois mois, les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) affirmaient lundi encercler et attaquer depuis trois jours une importante base militaire des forces loyales au président Bachar al-Assad, à deux kilomètres de là.

Selon eux la "base 46", dans laquelle seraient pris au piège un millier de soldats de Damas, est un grand terrain militaire, le dernier verrou sur la route d'Alep, qu'ils assurent être en mesure de faire sauter en quelques jours.

Barbe noire fournie, treillis vert et rangers noires, le front perlant de sueur, "Abou Sadeq", qui se présente comme un officier rebelle, attend que le grondement du jet se soit éloigné pour déclarer: "Ils sont cuits".

"Ils sont bien armés, là-dedans, ils ont treize chars, des lance roquettes multiples... Mais nous sommes plus nombreux. Nous avons coupé toutes les routes par lesquelles ils pourraient recevoir des renfort. Même s'ils essaient d'envoyer des blindés d'Alep, nous avons piégé tous les accès. De grosses charges sous les routes. Nous avons aussi des RPG. S'ils viennent, nous les détruirons".

Les insurgés affirment avoir mobilisé, pour cet assaut crucial, au moins 1.500 combattants venus de toute la région, sous les ordres du "général" rebelle Ahmad Al Fajj, natif d'Atareb.

Ils sont environ trois cents en première ligne, sous le feu des tireurs d'élite et de l'artillerie de la base, et se relaient toutes les huit heures avec l'arrière, pour dormir et se restaurer.

Un autre officier, qui n'accepte d'être identifié que sous le prénom d'Hussein et assure commander la brigade "Ansar al Haq" ("Partisans de la justice") poursuit: "la seule chose qu'ils puissent faire, c'est utiliser l'aviation. Ils le font, mais cela ne sauvera pas la base".

"Ils bombardent, mais ne nous touchent presque jamais" dit-il, en montrant, au pied de la colline, un cratère de cinq mètres de diamètre, près de la route, dans la terre meuble entre deux oliviers.

"Ils tirent au hasard sur Atareb, sur les maisons, et ne tuent que des civils. Parce qu'ils ne savent pas où nous sommes, et que nous bougeons sans cesse. Quand on entend un Mig approcher, on se planque. Quand c'est un hélico, on tire dessus avec tout ce que l'on a. Mais ils volent souvent trop haut".

Ses hommes conduisent l'AFP sur les lieux de ce qu'ils présentent comme un bombardement aérien datant de la nuit précédente: une maison de deux étages a été entièrement aplatie, réduite à un tas de décombres de trois mètres de haut.

"Il y avait là toute une famille, quatre enfants. Ils sont tous morts" soupire Abou Sadeq. "Ils tirent surtout la nuit, s'ils voient la moindre lumière. On a même dévissé les ampoules des feux-stop de nos voitures et motos".

Sur les quelque 35.000 personnes qui vivaient à Atareb avant la guerre, il n'en reste que quelques centaines, peut-être un millier, cachés dans les encoignures, sursautant au moindre bruit d'avion.

Les plus pauvres d'entre les plus pauvres, qui n'ont pas même de quoi payer le camion qui pourrait les emmener rejoindre les autres, réfugiés en Turquie ou tout contre la frontière.

Le frère d'Abou Sadeq, lui aussi insurgé en uniforme, est assis près de la devanture d'une petite épicerie au rideau de fer à moitié fermé. D'un signe de tête il montre, au bout de la ruelle, un vieil homme, infirme dans une chaise roulante, les jambes terriblement déformées. "Et lui, que pensez-vous qu'il va devenir?"

mm/sw

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