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25/09/2012 04:31 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Ruines et appartements abandonnés, le terrain de combat des rebelles à Alep

L'homme est assis sur une table de jardin en face d'une fenêtre. Derrière lui, dans une armoire, trône une télévision encadrée par deux imposants bouquets de fleurs en plastique. Devant lui, son fusil Dragonov est pointé en direction d'un barrage de l'armée syrienne.

Comme ce franc-tireur d'une brigade de l'Armée syrienne libre (ASL), l'opposition armée au régime de Bachar al-Assad, les rebelles à Alep (nord) ont pris leurs quartiers dans des appartements où la vie semble s'être arrêtée.

Dans plusieurs zones de la métropole commerçante désertées par leurs habitants, le front se trouve derrière les persiennes d'immeubles d'où les tireurs embusqués font feu, ou dans des ruelles où de rares ombres se profilent: des civils venus récupérer des affaires avant de repartir rapidement.

Pour avancer jusqu'aux lignes de front à couvert, les insurgés ont percé les murs des appartements. Avançant de pièces en pièces, soulevant la poussière des gravats, ils progressent au milieu de cuisines, de salles de bain ou de chambres d'enfants dans lesquelles des feuilles d'inscriptions à l'école ont été abandonnées sur de petits bureaux.

Autour d'eux, des jetés de lits en satin se couvrent lentement de poussière sur des lits qui n'ont pas été défaits depuis des semaines.

Depuis une chambre, à travers un petit trou dans un mur, on peut apercevoir en contrebas le corps d'un combattant rebelle.

Cela fait trente jours qu'il se décompose au pied de l'immeuble, dans la ligne de mire des tireurs embusqués de l'armée, sans qu'aucun de ses camarades ne puisse aller le récupérer.

En passant devant un immeuble, la tête d'un vieil homme apparaît par une porte en fer à peine entrouverte. "Je reste chez moi malgré les bombardements. Je ne veux pas que ma maison soit occupée", explique-t-il.

"Je suis seul dans mon immeuble. La nuit, j'entends les bombardements et les combats. Et le jour, j'entends les bombardements et les combats", raconte l'homme en tricot de corps, son pantalon gris retroussé aux dessus de sandales noires.

D'autres maisons ont elles été saccagées: les matelas sont retournés, la vaisselle et les vitres brisées. Les dégâts, assure un rebelle, ont été causés par l'armée du régime. Il en veut pour preuve un graffiti signé "unité 47 des forces spéciales" tagué sur le mur d'une chambre.

"Alep était une merveille du monde, elle a été réduite en ruines", souffle une femme venue avec sa mère demander des nouvelles d'un proche disparu.

Autour d'elle, des monceaux de déchets recouvrent les rares parcelles de la rue qui ne sont pas couvertes de gravats.

Au pied d'un immeuble dont la façade a disparu, des tonnes de pierres s'amoncellent. Les rebelles les utilisent pour monter des barrages, les ramassant au milieu de vêtements abandonnés, de rats et d'oiseaux morts.

En 2006, Alep, centre historique du monde arabo-musulman et berceau de nombreux penseurs arabes, avait été désignée "capitale de la culture islamique", pour son patrimoine qui a résisté à de nombreuses invasions à travers l'Histoire.

Aujourd'hui, dans les quartiers commerçants, sur les rideaux de fer des magasins, baissés et criblés de balles ou soufflés par des explosions, l'inscription au pochoir "Alep, capitale de la culture islamique" a été recouverte par des graffitis anti-Assad.

bur/sbh/sw

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