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L'Uruguay sur le point de légaliser l'avortement

25/09/2012 08:56 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST

Le Parlement de l'Uruguay semblait prêt mardi à légaliser l'avortement, une décision révolutionnaire en Amérique latine, où aucun pays sauf Cuba n'a rendu les avortements accessibles à toutes les femmes durant le premier trimestre de grossesse.

Les compromis faits pour assurer l'approbation du projet de loi ont déçu les partisans et les opposants de la mesure, qui se sont réunis pour manifester.

Quand le projet de loi aura été approuvé par la chambre basse du Parlement, elle sera transmise au Sénat qui devra approuver les amendements, mais le président José Mujica a déjà indiqué son intention de promulguer le texte.

Le projet de loi semblait sur le point d'être adopté par une très mince marge mardi soir, après qu'un député de la coalition au pouvoir eut indiqué qu'il refuserait de voter. L'auteur du projet de loi, le député Ivan Posada, du Parti indépendant (centre gauche), s'est joint à la coalition au pouvoir pour le vote, ce qui devrait permettre au projet d'être adopté par 50 voix contre 49.

La loi donnerait aux femmes le droit à l'avortement durant les 12 premières semaines de grossesse et décriminaliserait les avortements tardifs quand la vie de la mère est en danger ou quand le foetus souffre de déformations qui ne lui permettraient pas de survivre après la naissance. Dans le cas d'un viol, l'avortement serait légal durant les 14 premières semaines de grossesse.

L'objectif du projet de loi est de réduire le nombre d'avortements illégaux en Uruguay, a déclaré Ivan Posada devant ses collègues mardi.

« Ils parlent de 30 000 [avortements illégaux] par année, un chiffre hypothétique, mais peu importe le nombre, c'est plutôt dramatique pour un pays où 47 000 enfants naissent chaque année », a expliqué M. Posada lors d'une entrevue avec l'Associated Press.

Un sondage diffusé ce mois-ci indique que 52 % des Uruguayens voteraient en faveur de la légalisation de l'avortement si la question était soumise à un référendum, contre 34 % qui voteraient contre. Ce sondage, mené auprès de 802 personnes à travers le pays, comporte une marge d'erreur de 3,4 %.

Les compromis dans le projet de loi comprennent notamment l'obligation pour les femmes qui désirent interrompre leur grossesse de justifier leur demande devant un comité de professionnels composé d'au moins un gynécologue, un psychologue et une travailleuse sociale. Les femmes devront aussi écouter les conseils sur les autres solutions possibles, comme l'adoption et des services de soutien si elles décidaient de garder le bébé.

La femme enceinte devra ensuite attendre cinq jours afin de « réfléchir » aux conséquences de sa décision avant que la procédure puisse aller de l'avant.

« Il est important que la femme qui décide d'avoir un avortement participe à cette rencontre dans laquelle elle sera informée, où on lui présentera toutes les options possibles qu'elle peut choisir », a expliqué M. Posada à l'Associated Press.

Le comité de professionnels peut demander l'avis du père de l'enfant, mais seulement si la femme est d'accord. Les femmes âgées de moins de 18 ans devront obtenir le consentement parental, mais elles peuvent aussi obtenir l'approbation d'un juge si elles ne veulent pas ou ne peuvent pas impliquer leurs parents dans la décision.

Le projet de loi autorise aussi tous les établissements de santé privés et chaque professionnel de la santé à refuser de procéder à un avortement.

Ces exigences ont suscité les objections d'Amnistie internationale et d'autres groupes de défense des droits de la personne, qui estiment que la lourdeur bureaucratique de la procédure créera des barrières et retardera les avortements au-delà de la 12e semaine de grossesse, poussant ainsi les femmes et les professionnels de la santé dans l'illégalité.

« Ce n'est pas la loi pour laquelle nous nous sommes battus pendant plus de 25 ans », a déploré Marta Agunin, directrice d'une organisation non gouvernementale qui s'occupe de la santé des femmes.

L'Église catholique uruguayenne et les autres institutions catholiques, qui fournissent une partie des soins de santé dans le pays, sont opposées au projet de loi.

Cuba, où l'avortement est permis dans les 10 premières semaines de grossesse, est le seul pays d'Amérique latine où l'avortement est légal et courant. L'Argentine et la Colombie permettent l'avortement seulement dans les cas de viol ou quand la vie de la mère est en danger. La Colombie autorise aussi les interruptions de grossesse quand il existe des preuves de malformations congénitales. La ville de Mexico a légalisé les interruptions de grossesse au premier trimestre, mais l'avortement est restreint dans les autres régions du pays.

L'Uruguay n'a pas l'intention de devenir une destination pour les femmes latino-américaines qui veulent interrompre leur grossesse. Le projet de loi prévoit que seules les citoyennes uruguayennes et les femmes qui résident au pays depuis plus d'un an y auront accès.


Associated Press

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