NOUVELLES
25/09/2012 11:57 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST

Impôt rétroactif: le ministre Marceau garde le cap malgré la grogne

QUÉBEC - Malgré la grogne, le gouvernement Marois garde le cap sur la hausse rétroactive de l'impôt des particuliers pour les mieux nantis.

En entrevue mardi, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a dit ne pas voir comment il pourrait autrement récupérer le milliard de dollars de manque à gagner qu'entraînera l'abolition de la «contribution santé».

«Moi je pense que ça va prendre des hausses d'impôt rétroactives, cela me semble une évidence, mais si quelqu'un me trouve une solution, je ne suis pas plus fou qu'un autre et je vais écouter», a affirmé M. Marceau.

Estimant qu'il s'agit d'une taxe «régressive», le PQ a pris il y a plusieurs mois l'engagement d'abolir la taxe santé annuelle de 200 $ imposée par les libéraux à cinq millions de Québécois. Pour combler la perte, le PQ a promis de refiler la facture aux seuls contribuables _ ils sont 140 000 _ dont le revenu excède 130 000 $ par année.

Or, les Québécois ont appris il y a quelques jours que l'augmentation de la charge fiscale sera rétroactive au 1er janvier 2012.

Tant le Parti libéral que Québec solidaire ont reproché au Parti québécois d'avoir manqué de transparence en campagne électorale en omettant d'expliquer clairement ses intentions aux contribuables.

«Je suis surpris que des gens soient surpris. J'ai fait de mon mieux pour expliquer clairement notre proposition aux gens», a commenté le ministre Marceau.

Compte tenu de son statut minoritaire, le gouvernement péquiste devra collaborer avec les partis d'opposition dans ce dossier. M. Marceau assure qu'il est disposé à discuter de «pas mal tout» pour autant que l'abolition de la taxe santé soit maintenue et que les contribuables à haut revenu assument la facture.

Le ministre s'est montré ouvert à des compromis en ce qui a trait aux ponctions sur les revenus de dividende et les gains de capital.

Plus tôt mardi, l'opposition libérale a accusé le PQ de s'être comporté en «charlatan» pendant la campagne électorale, cachant aux Québécois sa volonté de leur imposer une hausse rétroactive d'impôt.

Même la formation de gauche, Québec solidaire, croit que le PQ a manqué de transparence en omettant d'informer les électeurs du caractère rétroactif de la hausse d'impôt inscrite à son programme.

«Ils ont commis un péché d'omission», a dit la coporte-parole de Québec solidaire et candidate élue dans la circonscription de Gouin, Françoise David.

«Honnêtement je n'avais pas compris ça et je pense qu'il faudrait les chercher les Québécois qui avaient compris que la hausse s'appliquait à la déclaration de revenu 2012. Ils n'ont pas fait de grands efforts pour rendre ça clair», a-t-elle dit.

Il n'est pas dans la nature de Québec solidaire de pleurer sur le sort des bien nantis. Mme David estime que les sommes en cause sont assez modestes et elle compte appuyer la démarche du gouvernement Marois.

En excluant le montant de 200 $ pour la taxe santé, l'effort additionnel exigé aux contribuables gagnant 150 000 $ par année sera d'environ 600 $, a-t-elle fait valoir.

«C'est 600 $ par année, 50 $ par mois, à peu près 12,50 $ par semaine. Je pense que c'est raisonnable et c'est un effort qui va permettre aux familles québécoises composées de deux adultes d'avoir 400 $ de moins à payer par année. L'abolition de la contribution santé touche 90 pour cent des gens», a dit la coleader de QS.

Quant à lui, le chef libéral par intérim, Jean-Marc Fournier, a exigé en point de presse que le ministre Marceau fasse connaître dès la semaine prochaine ses visées fiscales, une requête restée lettre morte.

Pour M. Fournier, les orientations fiscales du Parti québécois risquent de nuire à l'économie. En ce sens, l'inquiétude et «l'angoisse fiscale» ne peuvent plus durer, a-t-il dit.

«On est en ce moment dans un chaos fiscal au Québec et il faut que ça cesse. On ne prendra pas un mois de plus pour faire un plan. Il y a un gouvernement qui doit cesser d'improviser», a argué le chef intérimaire.

À son avis, le Parti québécois a «caché» aux Québécois ses réelles intentions pendant la campagne électorale. La chef péquiste Pauline Marois «n'a pas dit la vérité», a-t-il insisté.

M. Fournier espère refaire le débat sur la taxe santé avec le gouvernement minoritaire.

Contrairement à ce que répète le PQ, la contribution santé ne pénalise nullement les plus pauvres, a déclaré M. Fournier. Avec le crédit d'impôt de solidarité, 2,6 millions de Québécois sont dispensés en tout ou en partie de la contribution, a-t-il fait remarquer.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), a émis un communiqué, mardi, pour dire qu'elle a demandé de rencontrer M. Marceau.

«Avant de songer à augmenter les impôts, il faut analyser la situation de façon globale et se demander si l'on fait les meilleurs choix à ce moment-ci pour un Québec que l'on veut plus prospère», a fait valoir Martine Hébert, vice-présidente, Québec, de la FCEI.

«Dans le contexte économique actuel, la solution réside bien davantage dans un contrôle plus serré et une réduction des dépenses de l'État que dans l'augmentation du fardeau fiscal qui est déjà très lourd au Québec.»

PLUS:pc