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25/09/2012 11:05 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST

Des entrepreneurs en construction dans un club surveillé par la police

MONTRÉAL - Un caporal de la GRC qui a travaillé à l'opération Colisée, qui a décimé le clan Rizzuto en 2006, a indiqué à la Commission Charbonneau, mardi, que quelques entrepreneurs en construction s'étaient rendus au club social Cosenza, reconnu comme le lieu de rassemblement des têtes dirigeantes de la mafia montréalaise à l'époque.

Le caporal Vinicio Sebastiano avait été mandaté pour faire de l'écoute électronique pour la vaste opération policière Colisée, qui visait à déstabiliser la mafia montréalaise, parce qu'il parlait italien et comprenait le dialecte sicilien.

Pendant quatre ans, le «club social Cosenza», situé sur la rue Jarry à Montréal, et le Bar Laennec, à Laval, ont fait l'objet de surveillance par caméra et par écoute électronique, des microphones y ayant été dissimulés.

Mais le Cosenza est aussi un véritable club social où des membres de la communauté sicilienne pouvaient se rendre pour jouer aux cartes, a admis plus tard le policier.

Le club Cosenza était réputé pour être aussi le lieu de rassemblement des têtes dirigeantes de la mafia montréalaise à l'époque, notamment Nicolo Rizzuto, Paolo Renda et Francesco Arcadi, a-t-il soutenu.

Or, le caporal Sebastiano a cité le cas de six entrepreneurs en construction qui ont été vus à quelques reprises au même club Cosenza pendant la période de surveillance policière.

Par exemple, Francesco Catania, entrepreneur de CatCan, a ainsi été vu 19 fois au Consenza, a relaté le policier.

Tony Magi, entrepreneur en construction, a été vu une fois au Cosenza et deux fois au Bar Laennec.

Nicola Milioto, entrepreneur chez Mivela construction, a été vu 236 fois au Cosenza.

Le policier n'a toutefois pas dit ce qu'ils y ont fait, ce qu'ils ont dit ou qui ils ont rencontré.

L'opération Colisée, a-t-il expliqué, s'intéressait aux crimes de trafic de stupéfiants et de paris sportifs illégaux, par exemple. Il est donc possible que les entrepreneurs aperçus au Cosenza aient parlé de construction ou d'un autre sujet et que les policiers n'aient pas jugé la conversation pertinente, a-t-il témoigné.

Il a affirmé qu'il n'a pas, lui-même, entendu non plus de conversation portant sur le financement des partis politiques, un autre sujet auquel s'intéresse la Commission Charbonneau.

La surveillance policière lors de l'opération Colisée a permis d'identifier «192 fois séparées où l'argent a été amené au club social Cosenza», a témoigné le caporal Sebastiano.

Dans le cadre de l'opération Colisée, 35 000 heures d'écoute ont été effectuées et 64 000 sessions de communication ont été interceptées, incluant des conversations téléphoniques.

Interrogé par la présidente de la commission, France Charbonneau, à savoir si la mafia montréalaise s'était réorganisée depuis 2006 et les arrestations reliées au clan Rizzuto, M. Sebastiano a été catégorique: «oui, nous avons vu, ceux qui suivent les événements aux nouvelles, ils se sont réorganisés; c'est une structure qui s'adapte».

La juge Charbonneau lui a carrément demandé qui était aujourd'hui la tête dirigeante de la mafia montréalaise. «Je ne serais pas en mesure de vous le dire présentement. Il y a des enquêtes en vigueur», a rétorqué le policier d'expérience.

Plus tôt dans la journée, la caporale Linda Féquière, analyste à la GRC, avait affirmé que la mafia sicilienne était en perte de vitesse, et pas seulement à Montréal.

«Autour de 2006, 2007, on assiste au déclin du clan Rizzuto. Ce n'est pas seulement le clan Rizzuto qui commence à perdre de son ampleur, c'est plus généralement la mafia sicilienne, et ce, pas uniquement à Montréal, au Québec et en Amérique du Nord, mais partout dans le monde où ils sont implantés. La mafia sicilienne commence à décroître», a-t-elle témoigné.

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