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Commission Charbonneau : Six entrepreneurs en construction aperçus au QG du clan Rizzuto

25/09/2012 08:19 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST
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Au moins six entrepreneurs en construction se sont présentés au quartier général du clan Rizzuto à Montréal lors de l'enquête qui a abouti à l'opération Colisée, a révélé mardi un caporal de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) appelé à témoigner devant la commission Charbonneau.

Le caporal Vinicio Sebastiano a identifié ces entrepreneurs, qui figuraient sur une liste de personne ayant fréquenté le Club social Consenza entre 2001 et 2006. Cette liste a été déposée en preuve lors d'une enquête sur remise en liberté d'associés du clan Rizzuto en août 2007. Il s'agit de :

  • Francesco Catania, du groupe CatCan (19 visites);
  • Michel Argento, associé à Paramount Paving (5 visites);
  • Domenico Arcuri (45 visites);
  • Tony Maggi, associé avec Nicolo Rizzuto fils (1 visite);
  • Nicola Milioto, de la compagnie Mivela (236 visites);
  • Accursio Sciascia (37 fois).

Ces entrepreneurs ont été vus au Club social Consenza, mais ils n'ont pas été accusés dans le cadre de l'opération Colisée. On ne sait pas quel était l'objet exact de leur visite, a précisé le caporal Vinicio Sebastiano.

D'autres noms figurant sur cette liste de 135 personnes ayant été aperçues au Consenza pourraient être associés à l'industrie de la construction, a dit M. Sebastiano. « Tous les noms ne me sont pas familiers », a-t-il admis.

M. Sebastiano s'est engagé à travailler avec les enquêteurs de la commission pour déterminer si d'autres personnes liées au domaine de la construction ou à des firmes de génie civil pouvaient être retrouvées sur cette liste.

« Ce ne sont pas des gens qui allaient là par hasard. [...] Le commun des mortels n'allait pas vraiment prendre un café là », a déclaré le témoin. En contre-interrogatoire, il a cependant admis que le Consenza était bel et bien un club social et que des gens y jouaient régulièrement aux cartes.

M. Sebastiano a expliqué aux commissaires que les mandats d'écoute obtenus par la GRC dans le cadre de l'opération Colisée portaient sur des sujets bien précis, et que l'industrie de la construction n'était pas l'un d'eux.

« Si c'était des conversations qui n'étaient pas reliées au sujet de notre enquête - le trafic de stupéfiants, bookmaking, paris sportifs, produits de la criminalité - nous ne l'écoutions pas », a-t-il précisé.

Les conversations liées à la construction étaient classées non pertinentes, à moins qu'elles ne soient liées à un des sujets d'enquête, par exemple la violence. Il en aurait été de même pour des conversations sur le financement des partis politiques, a-t-il ajouté, en précisant n'avoir jamais été lui-même témoin de telles conversations.

Des noms d'entrepreneurs déjà connus

M. Sebastiano est d'avis que des conversations portant sur l'industrie de la construction ont pu être enregistrées dans le cadre de l'enquête, mais sans qu'elles n'aient été écoutées. Il a dit ne pas savoir si elles ont été transmises à la commission. La commissaire Charbonneau a dit que ces enregistrements avaient été demandés.

Le nom de Domenico Arcuri a fait les manchettes à plusieurs reprises depuis quelque temps. Il a notamment été révélé par le quotidien La Presse le printemps dernier qu'il a participé à un petit-déjeuner de financement organisé par des membres de la firme de génie-conseil Genivar au restaurant Piccolo Mondo, à Laval. L'ex-ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, était présente.

Plusieurs méfaits visant des entreprises le concernant ont aussi eu lieu au cours des dernières semaines.

L'une des têtes dirigeantes du clan Rizzuto, Paolo Renda, était aussi active dans le domaine de la construction. M. Renda n'a plus été revu depuis qu'il a été enlevé en mai 2010.

Le Consenza et le bar Laennec, quartiers généraux de la mafia

Le caporal Sebastiano avait été appelé à la barre des témoins pour expliquer comment l'Unité mixte sur le crime organisé (UMECO), dirigée par la police fédérale, a mené l'enquête qui a abouti à l'opération Colisée, la plus importante rafle antimafia de l'histoire du pays.

Il a notamment rappelé que l'UMECO a pu faire de l'écoute électronique et filmer des activités se déroulant dans deux bars, soit le café Consenza, situé rue Jarry à Montréal, et le bar Laennec, situé boulevard René-Laennec à Laval.

Ces activités ont permis de comprendre que Nicolo Rizzuto, Paolo Renda, Rocco Sollecito et Frank Arcadi dirigeaient les opérations du clan depuis le café Consenza. Deux hommes relevant d'Arcadi, Francesco Del Balso et Lorenzo Giordano, se tenaient plutôt au bar Laennec.

M. Sebastiano a expliqué que les décisions sur les activités du groupe étaient prises au Consenza; les exécutants, qu'il a nommés les « young guys », se tenaient au Laennec. L'argent provenant des activités criminelles était livré par le groupe du Laennec au groupe du Consenza. Selon le témoin, 192 livraisons d'argent ont eu lieu pendant la durée de l'opération Colisée.

M. Sebastiano a expliqué que l'arrestation de Vito Rizzuto en 2004, à la demande des autorités américaines, a quelque peu réorienté l'enquête de l'UMECO. Les conversations écoutées par l'unité ont cependant permis de comprendre que Vito Rizzuto parvenait à communiquer avec ses acolytes, même lorsqu'il était emprisonné entre 2004 et 2006.

Plus tôt dans la journée, la caporale Linda Féquière, spécialisée dans les activités de la mafia italienne à la Gendarmerie royale du Canada avait affirmé que les principaux acteurs du crime organisé italien à Montréal sont issus à l'heure actuelle d'une « faction de l'aile calabraise ».

Le caporal Sebastiano a pour sa part affirmé que la mafia avait bel et bien réussi à se remettre de l'opération Colisée. Lorsque la commissaire Charbonneau lui a demandé qui dirigeait la mafia en ce moment dans la métropole, il a répondu : « « Je ne suis pas en mesure de vous le dire. Il y a des enquêtes en cours ».

Pour me joindre :

francois.messier-nm@radio-canada.ca

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