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Le patrimoine archéologique syrien victime de la guerre

24/09/2012 04:27 EDT | Actualisé 23/11/2012 05:12 EST

L'extraordinaire patrimoine archéologique syrien est victime des combats et des destructions, mais aussi de vols et de pillages organisés qui se multiplient dans le pays, ont assuré à l'AFP des sources concordantes.

Dans un pays regorgeant de trésors antiques, où la corruption et le trafic de pièces archéologiques était chronique, la généralisation des affrontements, le vide de pouvoir dans certaines régions et le contrôle d'autres par des groupes armés ont provoqué une explosion des pillages et des fouilles illicites.

"Il est évident que dans des situations de ce genre, on assiste toujours à une recrudescence des pillages, des fouilles illégales et des trafics", confie par téléphone à l'AFP Véronique Dauge, du centre du patrimoine mondial de l'Unesco, rappelant la razzia qui a secoué l'Irak en 2003.

L'armée syrienne est régulièrement accusée de procéder elle-même aux pillages ou de tolérer ces activités menées par des civils, souvent des bandes de trafiquants bien organisés.

A Reyhanli, petite ville turque frontalière avec la Syrie, un réfugié syrien récemment arrivé de la fameuse ville antique de Palmyre a affirmé à l'AFP que le musée avait été pillé et que des vols à grande échelle étaient perpétrés sur le site.

"L'armée est sur place, elle surveille tout", a-t-il ajouté, assurant que les pillages étaient le fait des milices du régime de Bachar al-Assad.

Une vidéo amateur mise en ligne le 17 août montre sept ou huit sculptures, des bustes, entassés à l'arrière d'un pick-up, tandis que des militaires discutent autour du véhicule.

"Nous avons fait étudier ce qu'ils disent par des Syriens travaillant avec nous: il s'agit bien de soldats et tout nous porte à penser que l'armée vole ou laisse voler des antiquités à Palmyre et ailleurs", assure à l'AFP l'archéologue espagnol Rodrigo Martin.

M. Martin est le porte-parole d'une équipe d'archéologues syriens et étrangers qui a formé un groupe, "Patrimoine syrien en danger", dont le but est de tenter de surveiller, grâce à un réseau d'informateurs, ce qui se passe sur les sites archéologiques.

"Des batailles ont eu lieu sur des sites, d'autres sont pillés, ailleurs des permis de creuser sont donnés par l'armée à des bandes en échange de leur complicité dans le conflit", ajoute-t-il. "Mais même si nous avons de nombreux contacts, il est difficile de savoir ce qui se passe vraiment. Nous ne découvrirons l'ampleur des dommages qu'après la guerre".

Son organisation a également recueilli des témoignages accusant les groupes rebelles d'avoir recours aux trafics pour se financer. "Nous avons des échos, des rumeurs, mais c'est très difficile à vérifier", dit-il.

Dans un article du London Times le 12 septembre, un trafiquant d'antiquités libanais se faisant appeler "Abou Khaled" assurait que les rebelles avaient monté des groupes de fouilleurs clandestins pour financer leur combat.

"Les rebelles ont besoin d'armes et les antiquités sont un bon moyen de les acheter", affirmait-il.

Un rapport de l'organisation Euromed-Heritage, financée par l'Union européenne, souligne le péril de ces fouilles clandestines.

"Elles représentent un danger pour l'histoire et le patrimoine syriens depuis de nombreuses années. Malheureusement, les événements actuels ont accru ce péril de manière considérable. De nombreux groupes se sont attachés à mener des fouilles clandestines, à commencer par les forces de sécurité", accuse le rapport.

"Mieux encore, les fouilles clandestines sont devenues objets de tractations: elles sont tolérées par les autorités pour quiconque accepte de se tenir éloigné du soulèvement ou dénonce des activistes", ajoute-t-il.

Pour l'archéologue britannique Emma Cunliffe, le désastre irakien de 2003 est en train de se répéter: "Regardez les prix des belles pièces aux enchères chez Christie's et Sotheby's. C'est ridicule tellement c'est élevé. Tant qu'il existera une telle demande sur le marché international, les pillages continueront".

mm/fc

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