Héberger les sans-abris est moins cher que les services d'urgence, dit une étude

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OTTAWA - Une nouvelle étude laisse entendre qu'il est beaucoup plus abordable d'offrir un toit à un sans-abri que de fournir une série de services d'urgence.

L'étude réalisée par Stephen Gaetz, le directeur du Réseau canadien de recherches sur l'itinérance, rassemble des informations d'autres études effectuées au Canada et aux États-Unis.

Au dire de M. Gaetz, le statu quo canadien sur la manière de gérer le problème de l'itinérance est fort coûteux.

Selon lui, les gouvernements dépensent au moins 4,5 milliards $ par année pour offrir des services aux sans-abris, y compris le coût des services de santé d'urgence, de santé mentale, des services de police, des refuges et des banques alimentaires.

Le prix est élevé en raison du fait que les besoins en matière de santé de cette population sont élevés et imprévisibles, qu'ils ont souvent des accrochages avec la justice, et qu'après être sortis de prison, ils se retrouvent souvent de nouveau dans la rue.

De récentes études démontrent qu'offrir du soutien et un toit aux itinérants peut permettre d'économiser 54 pour cent des sommes investies, comparativement à l'approche actuelle.

Mais bien que les solutions semblent simples, le plus ardu est de les faire appliquer.

«Même si les gens n'apprécient pas la situation actuelle, ils sont souvent réticents à effectuer des changements», affirme en entrevue M. Gaetz, de l'université York.

«La tendance change, toutefois. Je crois qu'ils (effectueront les changements) en temps et lieu.»

Le problème est que ce «ils» est un ensemble très vaste de ministères et de départements à différents niveaux de gouvernement, un groupe hétérogène de bénévoles, des églises, des organismes caritatifs, ainsi que des industries du secteur privé.

Ceux-ci doivent tous débourser des sommes importantes, mais il n'existe pas de méthode évidente pour qu'ils puissent collaborer d'une façon qui permettrait de réduire les frais et de gérer le problème de façon plus efficace, soutient le chercheur.

Le gouvernement fédéral a résisté aux demandes pour accroître le financement des projets de logements abordables et a refusé à répétition de mettre en place une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté. Ottawa veut plutôt que les provinces s'occupent de ces dossiers, arguant qu'elles peuvent agir plus directement.

Le système carcéral est toutefois un important obstacle pour les sans-abris, poursuit M. Gaetz, et le gouvernement fédéral y a un grand rôle à jouer. Les sans-abris seraient ainsi bien plus à risque d'être arrêtés et emprisonnés. Et souvent, ces gens sont relâchés sans un soutien adéquat, augmentant les risques de récidive.

Les dépenses sont importantes pour la police, pour le système carcéral et pour la population, alors qu'une étude démontre qu'il en coûte entre 66 000 et 120 000 $ pour défrayer les dépenses annuelles de l'emprisonnement ou du passage en hôpital psychiatrique d'un seul sans-abri.

Il y a amplement de place pour réaliser des économies, affirme l'étude de M. Gaetz.