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En Egypte, le 3e homme de la présidentielle veut contrer les islamistes

24/09/2012 05:51 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Le nationaliste de gauche égyptien Hamdeen Sabbahi, inattendu 3e homme de la présidentielle, revient avec un mouvement destiné à contrer le pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi, qu'il accuse de perpétuer les injustices sociales et l'autoritarisme de l'ère Moubarak.

Hamdeen Sabbahi, considéré comme un candidat marginal en début de campagne, avait fait une percée spectaculaire et finalement obtenu 20,7% des votes au premier tour en mai, pas loin derrière M. Morsi (24,7%) et à un ancien Premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq (23,6%).

Se réclamant de l'héritage du charismatique président Gamal Abdel Nasser, M. Sabbahi avait capté une importante partie du vote des jeunes et des "révolutionnaires" qui s'étaient soulevés contre le régime Moubarak début 2011.

Son mouvement, "le courant populaire", est "ouvert à tous les partis qui défendent les objectifs de la révolution que résume son célèbre slogan +pain, liberté, justice sociale+", a affirme M. Sabbahi devant 15.000 personnes rassemblées vendredi soir sur la place Abdine, dans le centre du Caire.

Main dans la main avec un évêque copte du gouvernorat de Charquiya (Delta du Nil), il a salué la foule qui scandait "musulmans et chrétiens unis".

"Le courant populaire sera là pour rassurer ceux qui ont peur", a-t-il dit dans une claire allusion aux Coptes, qui s'inquiètent de la montée des islamistes et plus récemment d'éventuelles retombées après le film islamophobe réalisé aux Etats-Unis avec la participation de Coptes de la diaspora.

Un dirigeant du nouveau mouvement, Kamal Abou Eita, président de l'Union des syndicats des ouvriers indépendants (USOI), est monté à la tribune pour dénoncer "les nouveaux tyrans" qui, selon lui, utilisent toujours la police pour disperser les ouvriers grévistes.

M. Sabbahi veut mettre les questions sociales au coeur de son projet, sur fond de grogne émaillée de multiples grèves (employés des bus publics, enseignants, médecins...).

Avec leur libéralisme économique affiché, les Frères musulmans sont aussi accusés de favoriser les riches alors que près de 40% de la population vit autour du seuil de pauvreté, soit deux dollars par jour et par personne.

"Un régime de droite (celui des Frères musulmans) a remplacé un autre qui était aussi à droite", celui de Hosni Moubarak, a assuré M. Sabbahi sur une chaîne de télévision privée.

Partisan d'une pression fiscale accrue sur les plus riches, il s'adresse aux nombreux Egyptiens qui redoutent que les difficultés financières et budgétaires du pays ne se traduisent par un tour de vis sur les subventions aux produits de base comme le pain, les carburants ou le gaz domestique, qui pèsent sur les comptes publics.

Les négociations engagées avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 4,8 milliards de dollars font craindre que cette aide soit conditionnée à une réduction des subventions, avec pour corollaire une flambée des prix ou des rationnements qui frapperaient avant tout les plus démunis.

Le président Morsi a pour sa part demandé samedi soir à ses compatriotes de faire preuve de "patience", affirmant avoir hérité de lourds handicaps de l'ancien régime.

Hamdeen Sabbahi veut aussi faire de son mouvement le rempart de la liberté d'expression et de création, face aux islamistes accusés de vouloir imposer des restrictions à ces droits dans la nouvelle Constitution du pays, dont la rédaction à été confiée à une commission qu'ils dominent.

"Nous devons lutter pour que la Constitution ne soit pas le produit d'un seul parti ou d'une seule confrérie", a-t-il déclaré devant des acteurs, intellectuels et des représentants de partis de gauche et de centre-gauche venus soutenir son mouvement.

mon/cr/fc

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