NOUVELLES

Ehud Olmert, un animal politique résilient aux scandales

24/09/2012 10:45 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Condamné a minima lundi pour corruption, l'ex-Premier ministre israélien Ehud Olmert, un des hommes politiques les plus chevronnés du pays, peut espérer rejouer un rôle politique en dépit des scandales à répétition qui ont plombé sa carrière.

M. Olmert, 66 ans, n'a écopé que d'une peine d'un an de prison avec sursis et d'une amende de 75.300 shekels (15.000 euros) dans une affaire de favoritisme au profit de sociétés gérées par un ex-associé dans un cabinet d'avocats, alors qu'il était ministre du Commerce et de l'Industrie (2003-2006).

Il encourait jusqu'à trois ans de prison et la privation de ses droits civiques.

Dans une brève déclaration à la presse, l'ancien chef du gouvernement a assuré "sortir la tête haute du tribunal". La justice israélienne l'a déjà acquitté dans deux autres dossiers de corruption plus graves, les affaires dites "Talansky""et "Rishon Tours". Il reste néanmoins inculpé --mais non jugé-- dans un énorme scandale, autour du projet immobilier "Holyland" à Jérusalem, qui remonte à l'époque où il était maire de la ville (1993-2003).

Ancien avocat d'affaires, bon vivant, grand amateur de costumes chics, de cigares, de bonne chère et de voyages à l'étranger, Ehud Olmert a souvent eu maille à partir avec la justice mais il s'en était toujours sorti.

Sa chute a commencé en juillet 2008, quand, de plus en plus fragilisé par les accusations de corruption, il a renoncé à se présenter aux élections primaires de son parti Kadima (centre), abandonnant de facto ses fonctions de Premier ministre.

Après avoir rêvé du Grand Israël et soutenu les colons les plus extrémistes de Cisjordanie et de Gaza, lui, qui s'était opposé aux accords de paix de Camp David avec l'Egypte (1978) et d'Oslo avec les Palestiniens (1993), a fini par accepter la création d'un Etat palestinien.

D'abord figure de proue de la droite nationaliste au sein du parti Likoud, il a évolué vers des positions plus modérées.

"Le moment le plus douloureux de ma vie a été le jour où j'ai découvert que la comptabilité était plus forte que l'Histoire et la géographie d'Israël. J'ai découvert que si nous nous entêtions à tout garder, en 2020, il y aurait 60% d'Arabes et 40% de Juifs" sur le territoire de la Palestine mandataire, confiait-il il y a quelques années.

Ehud Olmert accède au pouvoir en mars 2006, succédant à Ariel Sharon, l'homme fort de la droite, foudroyé par une attaque cérébrale, qu'il avait convaincu de créer un nouveau parti centriste, Kadima, en novembre 2005.

Il portera, aux yeux des Israéliens, la responsabilité des ratés de la guerre contre le Hezbollah chiite au Liban en juillet-août 2006.

Sans réel charisme, il n'a pas été, de son propre aveu, un Premier ministre "très populaire".

Pourtant, jusqu'à la guerre de Gaza, qu'il a déclenchée à la fin 2008 pour faire cesser les tirs de roquettes palestiniens sur Israël, Ehud Olmert a mené des négociations intensives, mais infructueuses, avec la direction palestinienne du président Mahmoud Abbas.

Partisan d'un retrait de la plus grande partie des territoires palestiniens en échange de la paix, il espérait maintenir sous le contrôle d'Israël des blocs de colonies en Cisjordanie occupée. En 2008, il a proposé aux Palestiniens une tutelle internationale sur le "bassin sacré" incluant la Vieille ville et les lieux saints de Jérusalem, comme il le révèle dans ses mémoires, parues en 2011.

Dans ses propres mémoires, publiées la même année, l'ex-secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice confesse sa surprise quand M. Olmert lui a secrètement proposé en mai 2008 de restituer aux Palestiniens 94% de la Cisjordanie, moyennant des échanges de territoire et un partage de Jérusalem, qui serait devenue la capitale de deux Etats.

bur-agr/sst/hj

PLUS:afp