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Défilés de prêt-à-porter: Paris retient son souffle

24/09/2012 12:29 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

PARIS - PARIS (Sipa) — Calendrier officiel gonflé à bloc, mercato des directeurs artistiques à son apogée avec l'arrivée de talents chez des maisons emblématiques telles Dior ou Saint Laurent: la Semaine de la mode qui s'ouvre mardi à Paris promet un millésime exceptionnel, marqué par des attentes fortes tant du côté des grands noms que des jeunes pousses, plus que jamais représentés pour le printemps/été 2013.

A l'aune du calendrier officiel où se bousculent quelque 106 marques, dont pas moins de 96 défileront en "in", "Paris n'est plus contestée comme capitale mondiale de la mode", explique à Sipa Didier Grumbach, président de la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter, des couturiers et des créateurs de mode.

Un calendrier dans lequel "il n'y a plus de place", note-t-il, en référence à ceux moins étoffés pour la saison de Londres et Milan, alors que New York s'est maintenu à un haut niveau. "A cette différence près que Paris regroupe essentiellement le haut de gamme, qu'on y trouve autant la création pure que les nouvelles tendances", note M. Grumbach.

Autre spécificité des marques défilant à Paris: elles exportent jusqu'à 90% de leur production, d'où un choix stratégique pour plusieurs d'entre elles. Paris étant aussi la vitrine incontournable pour toucher la clientèle cible internationale, majoritairement située en Amérique du Nord, au Japon et en Asie du Sud-Est.

Si elle est annoncée comme un cru d'exception, la saison n'en est pas moins celle de tous les dangers. "C'est une année impressionnante, encore en accélération", souligne M. Grumbach, un constat que partagent d'autres experts du secteur.

"C'est une incroyable coïncidence que deux grands maisons comme Saint Laurent et Dior accueillent en même temps un nouveau directeur artistique", confirme le consultant en luxe et mode Jean-Jacques Picart, interrogé par Sipa.

"Raf Simons (Dior) et Hedi Slimane (Saint Laurent) sont des talents incontournables et ils bénéficieront des moyens de leur expression artistique", pronostique ce spécialiste.

Pourtant, le défi qu'ils ont à relever est énorme, même si nombre de financiers tenant les rênes des maisons de mode ont encore trop tendance à croire que le talent a la vertu d'une potion magique.

"Il ne suffit pas que le créateur, aussi doué soit-il, aie une vision, mais talent et marketing doivent être complices", tranche M. Picart. Une analyse que partage Donald Potard, autre expert en luxe qui suit de près toutes les "Fashion weeks" internationales. "La véritable équation, c'est de trouver le créateur qui corresponde à l'instant 'T' aux valeurs de la maison et d'éviter les erreurs de casting", avance-t-il.

Nombre de marques ont d'ailleurs fait les frais de ces "castings précipités" au cours des dernières saisons. Certaines y ont laissé des plumes à l'image de l'auguste maison parisienne Ungaro, mise en difficulté pour s'être trop adonnée au jeu dangereux des chaises musicales après avoir connu cinq directeurs artistiques en moins de cinq ans.

"La mode a besoin de latence", plaide M. Potard. "Il faut laisser du temps au temps", renchérit M. Picart. Tous deux soulignent "l'immense poids" qui pèse sur les épaules de Slimane et Simons, ce dernier ayant la tâche ardue chez Dior de faire oublier le long épisode John Galliano, condamné en janvier dernier pour injures antisémites et débarqué avec pertes et fracas en mars 2011, c'est-à-dire en pleine Semaine de la mode.

D'autres maisons parisiennes par ailleurs tenteront d'ici le 3 octobre d'écrire une nouvelle page de leur histoire. Chez Sonia Rykiel, le Canadien Geraldo Da Conceicado, fraîchement nommé la semaine dernière, prendra tranquillement ses marques pour la saison prochaine. Du coup la maison ne proposera qu'une présentation sur rendez-vous vendredi.

Chez Paco Rabanne, le pari de l'Indien Manish Arora n'aura pas été tenu. Le groupe de luxe catalan Puig ne lui a pas donné de troisième chance et a confié la direction artistique à la styliste germano-colombienne de 29 ans Lydia Maurer, une enfant du sérail.

Encore plus radical, le jeune surdoué Maxime Simoëns, attendu tel le Messie chez Léonard, n'aura eu droit qu'à une saison pour convaincre. Il a quasiment été désavoué dans la foulée de sa première présentation, puis remplacé par l'Italien Raffaele Boriello, l'un des duettistes de la marque française chouchou des "bobos", Requiem.

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