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Corruption au Québec: "Donnie Brasco" à la barre

24/09/2012 04:30 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Un ex-agent infiltré du FBI, dont la célèbre immersion dans la mafia a été portée au cinéma, est revenu lundi à Montréal sur ses années passées à espionner la pègre new-yorkaise, apportant un éclairage inédit à une commission d'enquête consacrée à la corruption au Québec.

Joseph Pistone, alias "Donnie Brasco", a expliqué à la Commission Charbonneau les règles de fonctionnement inhérentes aux cinq grandes familles qui dirigent la mafia de la Grosse Pomme. Il est en particulier revenu sur les pratiques de la famille Bonnano, qui entretenait des relations suivies avec le clan dominant montréalais des Rizzuto.

Derrière un paravent, le visage seulement visible de la juge France Charbonneau et des avocats, M. Pistone a souligné la proximité des clans mafieux montréalais et new-yorkais, en racontant que des "tueurs" québécois étaient de temps à autre envoyés en renfort pour certaines opérations.

Mais mis à part cela, l'enquêteur à la retraite a surtout détaillé ses six années passées à gravir les paliers du clan Bonnano entre 1976 et 1981. Son enquête, popularisée par Hollywood en 1997, a permis à la justice américaine de procéder à la condamnation de quelque 200 personnes.

Pour la juge Charbonneau, l'intérêt de son témoignage réside dans le décryptage de la hiérarchie dans les clans mafieux nord-américains.

La Commission qu'elle préside doit en effet étudier les "stratagèmes" de corruption utilisés dans le bâtiment, y compris leurs liens possibles avec le financement de partis politiques.

De fait, M. Pistone, dont le personnage a été incarné dans "Donnie Brasco" par Johnny Depp, a expliqué combien la mafia ne pouvait fonctionner sans corrompre des élus ou des responsables policiers.

Pour faire main basse sur les contrats dans l'industrie de la construction, les cinq familles mafieuses new-yorkaises s'étaient notamment associées dans ce qu'elles appelaient "The Club". Créant leurs propres entreprises, ou prenant le contrôle d'autres, les criminels étaient parvenus à contrôler une bonne partie de cette industrie juteuse.

Après cet ex-agent du FBI, doivent témoigner cette semaine des enquêteurs de la police fédérale canadienne (GRC) et provinciale québécoise (SQ).

sab/via/sam

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