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Colocation diplomatique entre le Canada et le Royaume-Uni

24/09/2012 04:45 EDT | Actualisé 23/11/2012 05:12 EST

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, et son homologue britannique William Hague ont annoncé lundi la signature d'un accord qui permet aux diplomates des deux pays de partager certains locaux des missions diplomatiques à l'étranger.

« Là où le Canada est absent, une présence diplomatique sera possible », a justifié M. Baird.

À titre d'exemple, le ministre Baird a indiqué que les diplomates canadiens utiliseront des locaux de l'ambassade britannique au Myanmar, tandis que les diplomates britanniques utiliseront des locaux de l'ambassade canadienne à Port-au-Prince, en Haïti.

M. Baird a insisté pour dire que les deux pays ne « fusionneront » pas les ambassades. Il a également insisté sur le fait que les diplomates de chaque pays garderont leur indépendance.

Selon lui, cette démarche permettra au Canada d'économiser en utilisant des locaux des missions diplomatiques britanniques en attendant d'avoir la possibilité d'avoir son propre édifice.

M. Baird a précisé que l'accord concerne uniquement l'ambassade de Grande-Bretagne au Myanmar et celle du Canada en Haïti.

Ce n'est pas la première fois que le Canada agit de la sorte puisqu'il partage déjà des services consulaires avec l'Australie.

Un communiqué des premiers ministres Stepehen Harper et David Cameron expliquera les motivations de la démarche des deux pays, a indiqué M. Baird.

L'annonce d'Ottawa a provoqué une vive réaction de l'opposition à la Chambre des communes lundi.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, s'est demandé si la Grande-Bretagne devenait le nouveau visage du Canada.

« Comment les conservateurs peuvent prétendre que le Canada pourrait conserver une voix forte et indépendante dans le monde ? », s'est interrogé M. Mulcair.

« C'est bien beau la nostalgie du grand British empire, mais il y a tout de même des limites », a-t-il ironisé.

Du côté du PLC, le chef intérimaire Bob Rae a déclaré que cette décision donne l'impression que le gouvernement de Stephen Harper ne prend pas sérieusement le rôle du Canada dans le monde comme un pays indépendant.

La décision du gouvernement survient dans un contexte économique particulier, où le ministère des Affaires étrangères fait face à des coupes budgétaires de 170 millions de dollars.

Une question d'économies

Plus tôt, CBC rapportait des informations sur l'entente qui permettrait à Ottawa et Londres de réduire leurs dépenses diplomatiques et d'étendre leur portée diplomatique, notamment en partageant des ambassades dans des lieux où seul l'un des deux pays est présent.

« Comme le premier ministre [David Cameron] l'a affirmé quand il s'est adressé au Parlement canadien l'an dernier : nous sommes deux nations, mais unies sous une seule reine par les mêmes valeurs », a déclaré M. Hague à CBC.

« Il est naturel que nous cherchions à unir nos ambassades avec celles du Canada là où cela convient aux deux pays. Cet accord donnera une portée plus importante à l'étranger pour nos entreprises et nos ressortissants, à un moindre coût », a écrit M. Hague dans un communiqué.

L'entente a été décrite par un membre du gouvernement canadien comme un raisonnement digne de la diplomatie moderne. « Étant donné que les gouvernements reçoivent plus de demandes pour leurs investissements étrangers qu'il n'y a de fonds, nous unir à nos alliés les plus précieux et tirer profit de nos ressources communes a beaucoup de sens. Cela accroît notre portée diplomatique de façon économique », a-t-il précisé.

Critiques et éloges

Le porte-parole en matière d'affaires étrangères du Nouveau Parti démocratique (NPD), Paul Dewar, demande toutefois si ces mesures de réduction des coûts pourraient compromettre l'indépendance du Canada dans sa politique étrangère. Il croit par ailleurs que la diplomatie et les institutions multilatérales ont perdu du terrain dans les priorités du gouvernement.

Un ancien haut responsable de la diplomatie canadienne, Gar Pardy, soutient pour sa part que le partage des services diplomatiques et consulaires avec d'autres pays peut fonctionner dans certains cas, et même permettre au gouvernement d'économiser des sommes considérables. Il donne l'exemple de l'Australie, à qui le Canada fournit déjà des services dans 26 endroits dans le monde.

L'Australie fait de même et cela a permis au gouvernement canadien d'économiser « des centaines de milliers de dollars », a-t-il indiqué à CBC.

M. Pardy se montre toutefois plus prudent sur la question du partage de personnel et de ressources, notamment dans le domaine des relations commerciales où le Canada et la Grande-Bretagne se retrouvent souvent concurrents à l'étranger.

Des réactions attendues au Québec

Québec n'a pas encore réagi à cette collaboration diplomatique.

« La réception au Québec sera intéressante à voir aussi parce que l'association avec la Grande-Bretagne irrite déjà », fait remarquer le correspondant parlementaire de Radio-Canada à Ottawa, Denis Ferland.

M. Baird avait déjà procédé à un certain rapprochement diplomatique entre le Canada et la Grande-Bretagne en déplaçant des tableaux d'Alfred Pellan du hall d'entrée de l'édifice Lester B. Pearson pour les remplacer par un portrait de la reine Élisabeth II.

L'image internationale du Canada en jeu

Fen Hampson, un expert du Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), un groupe de réflexion indépendant et non partisan, craint que ces mesures visant à épargner de l'argent aient un impact négatif sur l'image du Canada dans le monde. « Ce n'est pas le moment d'économiser sur la façon dont on se perçoit. Nous sommes perçus comme un pays qui a su gérer son économie, un chef de file, un État indépendant des États-Unis, indépendant du Royaume-Uni. [...] C'est le moment pour le Canada d'investir dans la diplomatie », a-t-il expliqué.

« Les cousins germains ne vivent pas toujours sous le même toit et les intérêts du Canada sont très différents de ceux du Royaume-Uni », a-t-il commenté en référence à la déclaration de William Hague.

M. Hague espère pour sa part que d'autres pays du Commonwealth, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, se joindront à l'initiative anglo-canadienne pour qu'ils puissent mettre leurs ressources en commun et étendre leur portée diplomatique à l'étranger.

John Baird n'a pas commenté les détails de l'entente. Un porte-parole du ministère a indiqué à CBC que les deux ministres répondront aux questions des journalistes lundi après-midi, à la Chambre des communes.

Dans le dernier budget conservateur, il était notamment question d'une restructuration des bureaux et des missions du gouvernement canadien à l'étranger. Ottawa avait alors annoncé sa décision de vendre des résidences officielles à l'extérieur du pays pour les remplacer par de plus petites, ce qui devrait rapporter 80 millions de dollars au trésor public.

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