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Transfert du QG rebelle en Syrie: important mais risqué

23/09/2012 10:12 EDT | Actualisé 23/11/2012 05:12 EST

La décision des rebelles de transférer leur commandement de Turquie en "zone libérée" en Syrie est un pas symbolique qui améliorera leur logistique sur le terrain mais les exposera davantage aux frappes des troupes de Bachar al-Assad.

"Nous annonçons une bonne nouvelle à notre peuple syrien libre et héroïque (...): le commandement de l'Armée syrienne libre (ASL) est entré dans les régions libérées" des soldats du régime, a déclaré samedi le chef de l'ASL, Riad al-Assaad dans une vidéo diffusée sur internet.

Les analystes estiment que la décision reflète les gains réalisés sur le terrain par les rebelles qui disent contrôler de larges portions de la Syrie, notamment à la frontière avec la Turquie.

"C'est une indication sur les succès de l'ASL", estime Riad Kahwaji, directeur de l'Institut d'analyses militaires pour le Proche-Orient et le Golfe (Inegma) basé à Dubaï.

D'un point de vue pratique, le transfert va améliorer la logistique et les communications des rebelles, selon lui.

Les Occidentaux ne cessent d'appeler les opposants syriens, divisés, à s'unir pour vaincre le régime.

"Quand vous approchez votre commandement de la ligne de front, cela facilite les opérations et remonte le moral", a souligné M. Kahwaji.

Pour Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie qui dirige le centre de recherches français GREMMO, "installer le commandement en Syrie est très symbolique". Ce spécialiste n'a pas exclu que la Turquie, sous pression de l'opposition intérieure, ait poussé les rebelles syriens à quitter son territoire.

Mais il relève que les rebelles, en s'installant en Syrie, "se trouvent désormais à la merci d'attaques aériennes" du régime.

Avec de larges portions du territoire frontalier sous leur contrôle, les rebelles semblent avoir pris ce risque pour accélérer l'unfication de leurs rangs.

"Cela a un bon effet sur le moral et montre que l'opposition n'est pas en exil du moment que sa branche armée est à l'intérieur", déclare M. Kahwaji.

De l'argent et des armes pour unifier l'opposition

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La décision de transfert a été prise sur fond de rivalités entre le commandement central installé en Turquie depuis plus d'un an et celui opérant de l'intérieur sous le commandement du colonel Qassem Saadeddine.

D'autres petits groupes de rebelles, dont des formations islamistes, se disent autonomes.

Selon, M. Kahwaji, la présence du commandement rebelle en Syrie pourrait aider à unir ces groupes. "Cette guerre ne peut être gagnée à moins que chacun agisse au sein de la collectivité", relève-t-il.

Mais pour M. Balanche, il faudra du temps pour fédérer ces groupes. "Il ne semble pas que cela se fera rapidement".

"Si le commandement de l'ASL peut vous donner des armes et de l'argent, il pourrait alors unifier les rangs mais s'il n'a rien à offrir aux groupes rebelles, cela retardera leur passage sous son autorité", estime-t-il.

Les rebelles espèrent aussi gagner la sympathie de la communauté internationale qui s'est jusqu'ici montrée réticente à leur fournir des armes.

"C'est la communauté internationale qui a poussé l'ASL à régner sur les groupes alors qu'elle est inquiète d'une montée des islamistes comme des jihadistes parmi ses rangs", a affirmé un expert de la Syrie sous le couvert de l'anonymat.

Près de 80% des villes et villages syriens frontaliers de la Turquie échappent au régime, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'AFP a pu constater dans plusieurs de ces régions que les habitants géraient eux-mêmes les affaires locales.

"Si nous avions des armes anti-aériennes et antichars efficaces, nous pourrions très vite prendre l'avantage", a assuré un commandant rebelle, le colonel Ahmad Abdel Wahab. "Mais si les pays étrangers ne nous en donnent pas, même sans cela nous vaincrons. Ce sera plus long, c'est tout".

am/bur/ram/hj

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