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La recherche archéologique française au service du patrimoine palestinien

23/09/2012 11:20 EDT | Actualisé 23/11/2012 05:12 EST

Cent cinquante ans après avoir effectué ses premières fouilles en Palestine, la France y continue ses recherches archéologiques afin d'aider à mettre en valeur le patrimoine palestinien.

"Les recherches se poursuivent dans un contexte fragile et tourmenté, dans l'attente d'un règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien", a affirmé le consul général de France à Jérusalem, Frédéric Desagneaux, en soulignant "l'importance du patrimoine pour la reconnaissance internationale de la Palestine", à l'ouverture ce week-end d'un colloque sur "150 ans de contribution française à l'archéologie palestinienne".

Ce colloque a réuni vendredi et samedi chercheurs, archéologues et conservateurs français et palestiniens à Jérusalem et Bir Zeit, près de Ramallah (Cisjordanie). Il a coïncidé avec la réouverture samedi des salles des antiquités palestiniennes et judaïques au musée du Louvre.

Il était organisé par l'Institut français du Proche-Orient (IFPO), dont l'antenne dans les Territoires palestiniens a été inaugurée en février 2012 à Jérusalem, l'Ecole biblique et archéologique française (EBAF) de Jérusalem, l'Institut français et l'Université palestinienne de Bir Zeit.

Un second colloque sur le même thème aura lieu les 11 et 12 octobre 2013 à l'Institut national d'histoire de l'art (INHA) à Paris, plus spécifiquement axé sur "la recherche scientifique moderne en partenariat" pour la période 1948-2013.

Côté palestinien, la ministre du Tourisme et des Antiquités, Roula Maa'ya, a déploré qu'"Israël utilise l'archéologie pour affaiblir nos droits".

Les Palestiniens, admis comme Etat membre à part entière de l'Unesco le 31 octobre 2011, revendiquent 3.300 sites archéologiques dans les Territoires.

Le coup d'envoi de l'archéologie française en Palestine a été donné en novembre 1863 au Tombeau des Rois, un domaine français situé aujourd'hui à Jérusalem-Est, secteur à majorité arabe annexé par Israël.

Une dernière série de fouilles, les premières depuis 2008-2009, s'y est déroulée en mai-juin dernier, sous la direction de Jean-Sylvain Caillou, chercheur-archéologue à l'IFPO, dans le but de restaurer le site.

Appelé "Tombeau des Rois" car on crut longtemps, à tort, qu'il abritait le mausolée des premiers rois de Judée, il est considéré comme la tombe de la reine d'Hélène d'Adiabène, une princesse assyrienne du 1er siècle après JC convertie au judaïsme.

Dans la bande de Gaza, l'archéologue René Elter fouille et sauvegarde les vestiges du premier site monastique de Palestine, le monastère byzantin de Saint-Hilarion (4e siècle), à Tell Umm Amer, près du camp de Nousseirat.

La recherche archéologique en Terre sainte, qui a débuté au milieu du 19e siècle, est rapidement devenue une source de polémiques en raison des tentatives d'instrumentalisation de la science à des fins religieuses ou idéologiques, sous le prétexte d'"archéologie biblique", apologétique.

"L'archéologie française en Palestine s'est construite sur la contextualisation (des recherches) contre une approche confessionnelle et nationaliste", a relevé Olivier-Thomas Venard, un dominicain, vice-directeur de l'Ecole biblique et archéologique.

Fondée en 1890 par le légendaire père Lagrange, un professeur d'histoire ecclésiastique, l'EBAF, plus ancien centre de recherche biblique et archéologique de Terre sainte, s'est faite connaître dans le monde entier par son exégèse critique de la Bible, se basant sur la foi mais aussi sur la raison et le contexte dans lequel les textes ont été écrits.

"Notre génération a voulu se confondre avec la génération précédente de Lagrange et refuser +l'archéologie biblique+. Nous avons privilégié de regarder une anthropologie, la vérité de l'homme, en laissant les conclusions ouvertes", plaide Jean-Baptiste Humbert, 71 ans, directeur du département archéologie de l'EBAF, grand spécialiste de Gaza.

agr/hj

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