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La rébellion transfère son commandement en Syrie

22/09/2012 11:36 EDT | Actualisé 22/11/2012 05:12 EST

La rébellion syrienne a annoncé samedi le transfert de son commandement central de la Turquie voisine en Syrie où ses combattants tentaient au prix de violents combats d'instaurer une large zone libre de la présence du régime dans le nord-ouest du pays.

Alors que les protagonistes du conflit semblent décidés à se battre jusqu'au bout, la France a relancé l'idée d'une zone d'exclusion aérienne, réclamée par l'opposition syrienne pour empêcher les raids aériens des forces du régime de Bachar al-Assad sur des secteurs tenus par les insurgés.

La guerre en Syrie qui a fait plus de 29.000 morts en 18 mois, selon une ONG syrienne, a eu une nouvelle fois débordé sur l'autre voisin, le Liban où des rebelles syriens ont attaqué avant l'aube un poste de l'armée à la frontière, sans faire de victime.

Pressée par la communauté internationale de contrôler les groupuscules extrémistes agissant en son nom, l'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs et de civils ayant pris les armes, a annoncé le transfert de son commandement en Syrie.

"Nous annonçons une bonne nouvelle à notre peuple syrien libre et héroïque: le commandement de l'ALS est entré dans les régions libérées" des soldats loyalistes, a annoncé son chef, Riad al-Assaad, dans une vidéo diffusée sur internet.

Selon lui, la décision a été prise après des "arrangements" avec les bataillons et les brigades rebelles sur place, et le but est de commencer "bientôt" le plan de "libération de Damas".

Le commandement central de l'ALS était installé depuis plus d'un an en Turquie. Le colonel Assaad ne précise pas dans quelle région il siégera en Syrie.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), près de 80% des villes et villages syriens frontaliers de la Turquie échappent à l'armée. L'AFP a pu constater dans plusieurs de ces régions que les habitants géraient eux-mêmes les affaires de leur cité.

L'ASL est minée par des rivalités internes, alors que les généraux à l'extérieur et même à l'intérieur peinent à assurer la coordination avec une multitude de groupuscules qui ont proliféré en Syrie et revendiquent une certaine autonomie.

Plusieurs groupes radicaux ont été ainsi accusés des pires violations des droits de l'Homme commises par les rebelles.

"C'est la communauté internationale qui fait pression sur l'ASL pour resserrer ses rangs, car elle s'inquiète de la montée des islamistes et jihadistes au sein de la rébellion", a affirmé à l'AFP un expert sur la Syrie sous couvert de l'anonymat.

"Ce transfert permettra au commandement d'être plus proche des combattants", a déclaré à l'AFP le général Moustapha al-Cheikh, chef du Conseil révolutionnaire supérieur qui chapeaute l'ASL.

Le 5 septembre, il avait affirmé que les dirigeants rebelles tentaient de réformer l'ASL, cette restructuration étant indispensable pour tenter de convaincre une communauté internationale réticente à l'idée d'armer la rébellion "sous prétexte que (l'ASL) n'est pas une véritable institution".

L'armée rebelle compte plusieurs milliers de combattants et 3.000 officiers de différents grades, dont 70 généraux, d'après le militaire.

L'annonce du transfert survient alors que les combats font rage dans l'ouest de la province d'Alep, la grande métropole du nord, au cours desquels au moins 11 soldats syriens et six rebelles ont péri, selon l'OSDH qui s'appuie sur un large réseau de militants.

D'après le président de cette ONG, Rami Abdel Rahmane, le régime tente à tout prix d'empêcher les rebelles de connecter cette partie de la province d'Alep à celle d'Idleb, plus à l'ouest, car cela formerait une grande région insurgée aux portes de la Turquie, un pays en première ligne dans le soutien de la rébellion.

Les médias turcs ont annoncé samedi le déploiement "de manière préventive" par l'armée turque de canons et de missiles anti-aériens à proximité du poste frontière avec la Syrie, Tall al-Abyad, où rebelles et forces gouvernementales s'affrontent.

Dans la ville même d'Alep, théâtre d'une bataille cruciale depuis plus de deux mois, plusieurs quartiers ont été bombardés par les troupes du régime, a ajouté l'OSDH.

Le souk d'Alep, déserté et traversé par la ligne de front, reste épargné par les raids aériens, a constaté l'AFP.

Les violences ont fait samedi au moins 66 morts, dont 24 civils, 28 soldats et 14 rebelles, sur plusieurs fronts de la Syrie, selon un bilan provisoire de l'OSDH.

Evoquée en août par la communauté internationale, l'idée d'une zone d'exclusion aérienne refait surface.

"Beaucoup de pays travaillent sur cette question de zone d'exclusion aérienne, mais il est clair que pour le moment c'est très difficile à mettre en place", a déclaré un haut responsable français à Washington.

Un tel projet nécessite le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, une hypothèse exclue compte tenu de l'opposition de la Russie et de la Chine, fidèles alliés du régime Assad.

Face à l'imposant arsenal des forces loyalistes, les rebelles ont réclamé aux pays occidentaux la mise en place de cette zone, tout comme l'établissement de zones tampon, et la fourniture d'armes pour affronter le régime. Mais les grandes puissances se sont généralement prononcées contre ces livraisons.

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