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Harvard se réserve le droit de ne pas publier l'étude sur la femme de Jésus

22/09/2012 07:30 EDT | Actualisé 22/11/2012 05:12 EST

BOSTON - L'Université Harvard affirme qu'elle ne s'est pas engagée à publier une étude suggérant que des premiers chrétiens croyaient que Jésus avait une femme même si la Divinity School de l'établissement en a fait la promotion cette semaine dans le cadre d'une brève campagne publicitaire.

L'étude est basée sur un fragment de papyrus datant du quatrième siècle écrit en copte dans lequel Jésus utilise les mots «ma femme». Mardi, la professeure Karen King de la Divinity School avait annoncé lors d'un congrès international qu'il s'agissait du seul texte ancien connu où le fils de Dieu disait être marié.

L'université avait également déclaré que l'étude serait publiée en janvier dans la Harvard Theological Review et souligné que les articles de la revue étaient évalués par les pairs, ce qui veut dire que la recherche avait été soigneusement examinée.

Mais vendredi, Kevin Madigan, qui codirige la publication, a indiqué que l'autre corédacteur en chef et lui s'étaient seulement engagés de manière «provisoire» à publier l'étude en janvier en attendant les résultats de recherches présentement en cours. Dans un courriel, M. Madigan a précisé que ces recherches additionnelles comprenaient des tests de datation scientifiques et des examens réalisés par des papyrologues et des grammairiens spécialisés en langue copte.

Après l'annonce de mardi, l'Associated Press avait questionné l'authenticité et la provenance du fragment, citant des experts participant au congrès international d'études coptes à Rome, où Mme King a fait part de sa découverte. Selon eux, la grammaire, la forme et le contenu du papyrus soulèvent plusieurs questions alarmantes. Alin Suciu, un papyrologue de l'Université de Hambourg en Allemagne, avait même qualifié le document de «faux».

L'archéologue Ricardo Elia de l'Université de Boston a conseillé à la Harvard Theological Review, vendredi, de repousser la publication de l'étude de Karen King jusqu'à ce que la lumière soit faite sur le propriétaire et les origines du fragment.

Harvard n'a pas révélé l'identité du propriétaire et M. Elia a estimé que cette décision était douteuse sur le plan de l'éthique professionnelle parce que l'université semblait protéger le collectionneur d'éventuelles réclamations. La Divinity School a révélé que le papyrus était égyptien, ce qui pourrait vouloir dire selon l'archéologue que le document est la propriété de l'Égypte.

«S'il est authentique, cela signifie qu'il a probablement été volé et obtenu clandestinement», a expliqué Ricardo Elia. «S'il n'est pas authentique, alors il ne devrait même pas faire l'objet de discussions.»

M. Elia a ajouté qu'il soupçonnait même le collectionneur d'avoir soumis le fragment dans le but de le faire authentifier par des spécialistes et d'attirer l'attention sur lui pour ensuite le vendre.

La conférence de Mme King sur le papyrus, qu'elle a désigné comme le «Gospel de la femme de Jésus», s'est déroulée après que la Divinity School eut refilé la nouvelle en primeur au New York Times et au Boston Globe, qui lui ont donné une belle visibilité. Le Smithsonian Channel prévoit lancer une émission sur le fragment à la fin du mois.

Écrit dans la langue des premiers chrétiens égyptiens, le papyrus de 4 cm par 8 cite Jésus faisant référence à une femme prénommée Marie comme étant son épouse et disant plus tard qu'elle pouvait faire partie de ses disciples.

Karen King a insisté sur le fait que le document ne prouvait pas que Jésus avait été marié, mais montrait que certains premiers chrétiens croyaient qu'il l'avait été. La tradition chrétienne soutient que le fils de Dieu était célibataire. La preuve du contraire, ou de l'existence d'une disciple féminine, rouvrirait le débat sur le rôle de la femme dans l'Église.

Elle a indiqué que d'autres tests seraient effectués, notamment pour déterminer si les éléments chimiques de l'encre correspondaient à ceux utilisés à l'époque.

Mme King a également soumis le document à deux papyrologues qui ont conclu qu'il était authentique. Une papyrologue, AnneMarie Luijendijk de l'Université Princeton, a expliqué que la provenance des fragments de papyrus était souvent inconnue parce qu'ils avaient été sortis d'Égypte bien avant que cette pratique ne soit interdite.

Le journal et la radio du Vatican, qui couvrent fréquemment les congrès comme celui sur les études coptes, n'ont fait aucune mention mardi de la découverte de la professeure King.

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