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Film anti-islam : un député soutient des Canadiens accusés par l'Égypte

22/09/2012 01:03 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

Deux Canadiens, Nader Fawzy et Jacques Attalla, accusés par le gouvernement égyptien d'avoir contribué à la production et à la distribution du film controversé L'innocence des musulmans, craignent pour leur sécurité. Le député fédéral d'une circonscription torontoise, Jim Karygiannis, soutient qu'Ottawa doit agir.

Le député a accompagné Nader Fawzy, un résident de sa circonscription de Scarborough-Agincourt, au poste de police pour demander une protection.

Le film anti-islam suscite une vague de violence dans le monde musulman depuis plusieurs jours.

Lors d'une conférence de presse samedi, Nader Fawzy, a affirmé avoir reçu des menaces en provenance d'Égypte au sujet de la bande-annonce de L'innocence des musulmans publiée sur Internet.

Ils nient toute participation

Nader Fawzi et Jacques Attalla, deux chrétiens coptes canadiens, ont nié jeudi toute participation au film islamophobe. Ils soutiennent n'en avoir entendu parler qu'au moment où les manifestations violentes ont commencé au Moyen-Orient.

Le Torontois Nader Fawzy a même dénoncé le film dans un communiqué au nom de la Middle East Christian Association (Association chrétienne du Moyen-Orient).

L'Égypte a lancé des mandats d'arrêt contre un certain nombre de chrétiens coptes, dont beaucoup vivent aux États-Unis, les suspectant d'avoir participé au film amateur.

Les deux hommes croient être la cible du gouvernement égyptien parce qu'ils militent ouvertement contre la persécution des chrétiens coptes en Égypte.

Ils n'ont pas l'intention de retourner en Égypte, leur pays d'origine, et ne s'inquiètent donc pas d'y être un jour jugé et d'y risquer la peine de mort.

La cible d'extrémistes

Les deux Canadiens craignent que les mandats d'arrêt lancés à leur encontre fassent d'eux des cibles pour les extrémistes musulmans encouragés à tuer ceux qui ont participé au film.

« Vous ne savez jamais qui peut être assez fou pour venir vous tuer sans raison. Il y a beaucoup de monde au Canada qui peut le faire et aux États-Unis, ils sont capables de tout pour leur religion. Alors je ne peux pas dire que parce que je suis au Canada, je suis entièrement en sécurité », a affirmé Nader Fawzy, jeudi, qui dit aussi s'inquiéter aussi pour sa mère et sa soeur qui vivent en Égypte.

Vendredi, il a toutefois assuré qu'il ne se laisserait pas intimider. « S'ils commencent à me faire taire aujourd'hui, ils vont continuer avec tout le monde dans le monde occidental. Ce sera peut-être vous demain et peut-être quelqu'un d'autre après-demain », croit-il.

Protection demandée

Jacques Attala réside au Canada depuis 20 ans et a demandé que son adresse et celle de ses enfants restent confidentielles. « Je sens que ma vie est en danger. J'ai besoin d'une protection invisible, j'ai aussi besoin de protection pour ma famille et j'ai besoin d'un rapport de la police, des députés fédéraux ou de n'importe qui, qui me dise que le gouvernement s'occupe de ses citoyens », confie-t-il.

Ottawa prône la discrétion

Jim Karygioannis a affirmé jeudi qu'Ottawa doit remettre en question la démarche de l'Égypte. « Le gouvernement canadien doit demander au gouvernement égyptien des preuves et si elles ne sont pas suffisantes, le gouvernement canadien doit demander que les noms soient supprimés de la liste », a-t-il déclaré.

Vendredi, le ministère des Affaires étrangères s'est peu exprimé sur la situation. « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose de parler de ces problèmes publiquement », a toutefois dit Rick Roth, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, John Baird, dans un courriel. « Nous travaillerons certainement officieusement avec les Égyptiens », écrit-il. Samedi, le gouvernement a dit maintenir cette ligne de conduite.

Manifestation à Toronto

Par ailleurs, des manifestants rassemblés devant le consulat américain à Toronto ont dénoncé le film samedi après-midi.

L'organisateur Syed Rizvi a également condamné « la violence sous toutes ses formes qu'elle soit perpétrée contre des musulmans, des juifs ou des chrétiens, contre n'importe quelle religion ».

« Nous ne voyons pas ce film comme un cas isolé. Nous le voyons comme faisant partie d'une culture qui s'est développée et où il est tolérable pour les médias, pour certaines personnes de s'en prendre à l'islam et aux musulmans », dit-il demandant au gouvernement américain de tenir ces personnes responsables.

Il a ajouté que si quelqu'un tente de projeter le film à Toronto, comme l'a annoncé un porte-parole de la Canadian Hindu Advocacy, il y aura une autre manifestation pacifique pour tenter de l'empêcher.

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