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Des tactiques militaires ont été employées lors de l'attaque de Benghazi

22/09/2012 08:36 EDT | Actualisé 22/11/2012 05:12 EST

WASHINGTON - Les extrémistes lourdement armés qui ont attaqué la semaine dernière le consulat américain à Benghazi (est de la Libye) ont employé des tactiques militaires qui pourraient avoir conduit les Américains dans une sorte d'embuscade, selon des sources au sein des services de renseignement américain. Mais le degré de préparation de cette attaque meurtrière reste toujours à déterminer.

L'attaque du 11 septembre dernier, qualifiée vendredi d'"attentat terroriste" par la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, a coûté la vie à l'ambassadeur des Etats-Unis à Tripoli Chris Stevens, venu à Benghazi inaugurer un espace culturel américain. Trois autres Américains — le diplomate Sean Smith et deux anciens commandos de l'US Navy qui, selon des sources américaines, assuraient la sécurité des responsables diplomatiques — ont aussi trouvé la mort à Benghazi.

Les services de renseignement américains continuent de recevoir et analyser des informations sur cette attaque. Mais d'après des responsables américains interrogés par l'Associated Press, ce qui pouvait apparaître au départ comme une manifestation contre le film amateur islamophobe "Innocence of Muslims" présente les caractéristiques d'une opération beaucoup plus sophistiquée.

D'après le Libyen Wanis al-Sharef, qui était vice-ministre de l'Intérieur avant d'être limogé après les attaques, un petit groupe d'hommes légèrement armés s'est d'abord rassemblé devant le consulat. Ils ont été rejoints par des manifestants civils qui protestaient contre la vidéo ridiculisant le prophète Mahomet. Ensuite, un groupe plus important d'hommes lourdement armés est arrivé avec des armes montées sur des véhicules et des lance-grenades. C'est ce groupe qui a donné l'assaut.

Selon les informations dont disposent actuellement les renseignements américains, une cinquantaine de personnes au moins, dont bon nombre était masquées, ont mené l'attaque, d'après les sources interrogées par AP. Les assaillants ont installé un cordon autour de la représentation américaine pour en contrôler les accès. Un premier groupe a d'abord lancé une attaque qui a fait fuir les Américains vers un autre bâtiment où un second groupe les a pris pour cible avec des tirs de mortier précis.

Les assaillants ont pris d'assaut le bâtiment principal et l'ont incendié. D'après un responsable américain, les militants ont attaqué l'avant, détournant l'attention de la sécurité pendant qu'un second groupe frappait par l'arrière. Plusieurs personnes se sont enfuies pour gagner une annexe du consulat à l'est du bâtiment.

Au bout d'une heure, les forces américaines et libyennes ont repris le contrôle du consulat et évacué tout le monde vers l'annexe. Des équipes de secours sont parties vers eux.

Les informations du renseignement laissent penser que les assaillants se sont séparés en petits groupes pour bloquer certaines routes menant au consulat, d'après les responsables interrogés par AP. On ignore si cela a modifié l'itinéraire ou la façon dont les Américains se sont déplacés, mais une source souligne que cela témoigne d'un certain niveau de sophistication et de stratégie militaire.

Alors que les Américains attendaient les secours dans l'annexe, le bâtiment a été visé par des tirs de mortier. Toujours selon ces sources, les obus sont tombés pile sur le toit de l'annexe, signe d'un combattant expérimenté ou d'une attaque planifiée, voire les deux.

Dans un pays comme la Libye qui sort tout juste d'une guerre civile, ce niveau de stratégie militaire ne prouve pas pour autant que l'attaque ait été préparée longtemps à l'avance. Il reste encore à savoir jusqu'à quel point elle avait été préparée et si elle aurait pu ou non être déjouée, précise-t-on de mêmes sources.

Des agents du FBI, dépêchés de New York et Washington, enquêtent toujours en Libye et les responsables interrogés par l'AP soulignent qu'encore aujourd'hui les autorités américaines n'ont pas une idée précise de ce qui s'est exactement passé à Benghazi. L'origine des armes utilisées, entre autres, n'est pas claire, selon ces sources.

Si les responsables américains n'ont pas identifié de responsables, ils ont concentré leur attention sur Ansar al-Charia, une milice fondamentaliste libyenne, dirigée par un ancien détenu de la prison américaine de Guantanamo à Cuba.

Mais d'après les enquêteurs, certaines des personnes impliquées ont "un méli-mélo d'affiliations avec de multiples groupes d'activistes", ce qui rend difficile de pointer la responsabilité d'une milice ou d'un mouvement en particulier, explique un haut responsable du renseignement américain, qui a requis l'anonymat.

Ansar al-Charia a nié à plusieurs reprises avoir participé à l'attaque, mais des témoins et des responsables de la sécurité assurent que des miliciens se trouvaient bien parmi les hommes armés qui ont rejoint la manifestation.

Le groupe affirme que ses combattants ne se trouvaient à Benghazi que pour assurer la sécurité de l'hôpital Jalaa, à plusieurs kilomètres du consulat. Un témoin dit cependant avoir été arrêté par des membres d'Ansar al-Charia pendant la manifestation parce qu'il avait pris des photos de l'un de leurs chefs.

En pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis, la question de la préparation de l'attaque revêt une grande importance cruciale pour le renseignement et pour l'administration de Barack Obama. Plus il apparaîtra qu'elle avait été préméditée et préparée longtemps à l'avance, plus le gouvernement américain devra expliquer pourquoi ses services ne l'ont pas anticipée.

Les républicains ont déjà accusé l'administration Obama d'avoir interprété à tort l'attaque comme une conséquence des manifestations contre "Innocence of Muslims". Ils ont aussi critiqué les mesures de protection entourant le consulat, d'autant que l'assaut a eu lieu le jour anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, date à laquelle les services américains sont toujours en alerte dans la crainte de nouvelles attaques.

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