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Relaxviews : Ben Evans, du London Design Festival, "Les crises économiques entraînent un surcroît d'énergie et de qualité"

21/09/2012 04:07 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

Formé comme historien du design, Ben Evans est actuellement le directeur du London Design Festival, qui fête son dixième anniversaire cette année. Il a évoqué avec Relaxnews le design mondial actuel, les effets de la crise sur son domaine et les tendances à suivre.

"Les deux villes qui donnent le 'la' dans le monde du design sont actuellement Londres et Milan. Les plus grandes villes, plus développées culturellement disposent d'un grand avantage sur les villes émergentes du fait de leurs infrastructures. Milan est quant à elle très centrée sur l'industrie et s'appuie sur son histoire et sur ses propres atouts", entame Ben Evans.

"L'idée d'une identité nationale propre au Royaume-Uni n'existe plus. Le design perd ses frontières parce que le talent migre, il va d'un lieu à l'autre, et il se rend où il pense trouver des personnes du même avis et des opportunités, où se trouvent des entreprises avec lesquelles il est possible de travailler", révèle-t-il.

"Londres a la réputation d'être probablement l'une des villes les plus internationales du monde, on y trouve de la nourriture de tous les pays et des communautés provenant de partout. Cela nous a beaucoup aidé en termes de créativité, parce que de nombreuses personnes viennent ici pour leurs études - nos écoles de design sont très reconnues - et y restent. Le talent est quelque chose qu'on peut posséder, et on se fiche d'où il provient", précise le directeur

Paris, la mal-aimée

Pour la France, l’avis de Ben Evans se veut tranchant. "Paris organise un salon très apprécié, Maison et Objet, depuis de nombreuses années, mais n'a lancé sa semaine du design que récemment. C'est un peu tard, le marché est désormais saturé. Je pense qu'il sera difficile pour Paris de croître et d'évoluer dans ce contexte".

"A Londres, on critique beaucoup la culture parisienne en ce moment, parce qu'on la trouve trop bourgeoise, un peu trop mono-culturelle, mais ce n'est qu'un point de vue. La vision qu'ont les Londoniens de Paris est très négative, on la perçoit comme ringarde et embourbée dans un seul type de culture", conclut-il.

Des villes et pays pleins de promesses

"Je pense que Berlin est une ville à suivre, parce qu'elle est jeune en terme de population, et vivre là-bas ne coûte pas cher. Elle n'est cependant encore compétitive ni en art, ni en design", tempère-t-il.

Comme en préambule pour la Chine, Ben Evans déclare :"La Chine veut passer du 'made in China' au 'designed in China', c'est une ambition affirmée par l'Etat. Ils disent, à la chinoise : 'nous avons un plan quinquennal et nous allons le mener à bien', c'est un système très encadré."

Mais il reconnaît qu'"il y a plus d'étudiants en design en Chine que dans tous les pays du monde réunis. Je crois qu'il y a environ 1,3 millions d'étudiants en design chinois, mais il est difficile à ce jour de nommer un seul designer reconnu ou intéressant. Mais d'ici cinq ou dix ans, cela sera complètement différent".

Un nouveau designer à suivre : le Japonais Keiichi Matsuda

Ben Evans s’enthousiasme également pour le designer japonais Keeichi Matsuda. "A mon avis, le jeune talent à suivre absolument est le Japonais Keiichi Matsuda. Son premier grand projet, Prism, est actuellement présenté au musée V&A dans le cadre du festival. Il a fini ses études d'architecte l'année dernière. Il est très doué en numérique et en nouveaux médias, mais il est aussi bon en conceptualisation et en échelle. Matsuda débute une longue et belle carrière".

Les Etats-Unis ont perdu leur statut de leader

Le directeur évoque l'exemple de New York, ville qui selon lui peine à s'imposer dans le domaine du design. Et d'ajouter, "Je pense que c'est à l'image du design américain en général, ce n'est pas un lieu très propice en ce moment. C'était l'un des pays leaders au tout début du XXe siècle, certains des plus grands designers de l'histoire sont américains, mais que s'est-il passé ? Combien de grands designers américains pouvez-vous nommer en ce moment ?", s'interroge-t-il.

Les nouveaux matériaux, une tendance qui s'affirme

"La tendance du moment est le matérialisme, les créateurs recherchent de plus en plus de nouveaux matériaux, des matériaux naturels et des matériaux inventés. Ces nouveaux composants créent de nouvelles finitions et suscitent un nouvel engouement. De nombreux designers cherchent à se distinguer en utilisant de nouvelles matières", explique Ben Evans.

Des crises économiques salvatrices

Et la créativité se développe d’autant plus dans un contexte économique compliqué. "Les crises économiques entraînent un surcroît d'énergie, de qualité et de prise de risques. Il est parfois possible de se défaire de l'influence néfaste de l'argent, les designers travaillent ainsi sur des projets parce qu'ils veulent dire quelque chose plutôt que parce qu'ils font vendre. Les périodes de récession ont rendues possibles de telles conditions, les récessions sont vraiment positives pour le design", conclut-il.