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Prudence, inquiétude et ténacité chez les Français de Tunis

21/09/2012 08:39 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

"Les enfants restent à la maison et jouent avec leur nounou. C'est de la prudence, pas de la peur". Comme ce chef d'entreprise, certains Français de Tunis n'ont pas laissé sortir leurs enfants vendredi, jour de la grande prière, après la publication de caricatures de Mahomet en France.

"Les écoles françaises sont fermées, c'est une consigne de sécurité claire les concernant, l'ambassade ressemble à une forteresse, mais personne ne m'a dit que nous pouvions être visés, alors la vie continue", affirme cet homme, qui préfère garder l'anonymat.

Car si ses quatre enfants sont consignés dans leur villa, ce chef d'entreprise, installé en Tunisie depuis huit ans, assure que sa société travaille normalement et que son épouse est elle aussi allée travailler.

La Tunisie compte quelque 30.000 citoyens et 1.200 entreprises français, employant quelque 115.000 personnes. "Ce serait se tirer une balle dans le pied de nous attaquer", relève le chef d'entreprise.

Didier Duranton, chef d'un atelier textile et représentant de l'Union des Français de l'étranger, note que les enfants "ont été un peu choqués de voir des blindés devant l'école fermée".

Mais "le fait d'avoir vu sortir l'armée nous a donné du courage. D'autres ont cédé à la peur", raconte-t-il, disant qu'un couple d'amis s'est dépêché de retourner à Lyon.

"Au bureau, on ne change pas nos habitudes (...) les employés ne sont pas politisés, fanatisés, on se rassure", souligne M. Duranton.

"Ce n'est pas la peur panique mais il y a une inquiétude certaine. On est dans l'expectative de ce qui va se passer", poursuit-il, s'interrogeant sur une éventuelle "dérive salafiste qui va perturber notre vie ici et nous amènerait à quitter ce pays".

Olga Marie Occhipanti, 69 ans et qui a passé le plus clair de sa vie en Tunisie, martèle qu'elle ne se laisse pas impressionner.

"Je n'ai pas peur de ces intégristes qui veulent nous empoisonner la vie et ils ne vont pas m'empêcher de sortir ou de changer mes habitudes", lance-t-elle, avec défi.

"La Tunisie a été toujours ouverte et elle le sera et ce n'est pas une poignée de bandits qui vont imposer leur loi", poursuit cette femme, épouse d'un Tunisien.

Les représentations diplomatiques occidentales sont plus prudentes, après l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis à Tunis et de l'école américaine.

Emboîtant le pas aux Français, l'ambassade de Grande-Bretagne et les services consulaires allemands ont annoncé sur leurs sites internet leur fermeture vendredi.

La représentation française est d'ailleurs protégée par un dispositif très important incluant des blindés, des camions de l'armée, des fourgons de la police et un canon à eau. La circulation automobile est par ailleurs interdite dans son voisinage.

Les enseignes françaises, comme les chaînes de supermarchés Monoprix et Carrefour ou l'entreprise de téléphonie Orange, continuaient de leur côté à travailler normalement.

D'ailleurs l'ambassade a simplement demandé aux Français de faire preuve de "vigilance, à éviter tout rassemblement et à se tenir éloignée des axes ou des bâtiments sensibles".

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