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Nouvelle journée de manifestations contre le film islamophobe

21/09/2012 09:19 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

PESHAWAR, Pakistan - PESHAWAR (Sipa) — De violentes manifestations ont fait au moins trois morts au Pakistan vendredi, alors que le gouvernement avait décrété une "Journée d'amour du Prophète" pour encourager les marches pacifiques contre le film islamophobe et les caricatures de Mahomet. Des drapeaux américains et effigies de Barack Obama ont été brûlés dans plusieurs autres pays.

On recense au moins 33 morts dans sept pays, dont l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye, depuis le début des manifestations contre "Innocence of Muslims" ("innocence des musulmans") le 11 septembre. Les violences sont dirigées contre les représentations diplomatiques des Etats-Unis bien que ces derniers répètent qu'ils n'ont rien à voir avec le film, attribué à un chrétien copte d'origine égyptienne du nom de Nakoula Basseley Nakoula. Ils ont dénoncé ce brûlot islamophobe mais ont souligné qu'il était protégé par le premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression.

A Peschawar, dans le nord-ouest du Pakistan, la police a ouvert le feu sur des manifestants qui incendiaient un cinéma. Un journaliste de la chaîne ARY TV, Kashif Mahmood, a expliqué que trois balles avaient atteint leur véhicule, dont l'une qui avait touché le chauffeur. Ce dernier, Mohammad Amir, est mort à l'hôpital. ARY TV a diffusé des images des médecins tentant de le sauver et du pare-brise explosé par les tirs.

Deux cinémas de la ville et la chambre de commerce ont été incendiés par des dizaines de milliers de personnes. Un manifestant a été tué par balle et au moins onze personnes ont été blessées en tout, selon le policier Rohhullah Khan.

A Karachi (sud), capitale économique et plus grande ville du pays, la police a affronté environ 15.000 personnes, dont certaines, armées, ont tiré, tuant un officier et en blessant un autre, d'après une source policière. La foule avait brûlé deux cinémas et une banque.

Des dizaines de milliers de manifestants ont aussi jeté des pierres sur les policiers à Lahore (est) et Islamabad, la capitale. Les forces de l'ordre ont fait usage de leurs matraques et tiré des gaz lacrymogènes ainsi que des coups de semonce pour protéger les missions diplomatiques américaines. On dénombrait au moins 55 blessés.

Cinq personnes ont été tuées en près d'une semaine de troubles dans le pays. La plupart des rassemblements étaient organisés par des groupes islamistes radicaux et ont relativement peu mobilisé la population de 190 millions d'habitants.

Le gouvernement avait décrété vendredi "Journée d'amour du Prophète" pour encourager les manifestations pacifiques. Les autorités avaient également bloqué le réseau de téléphonie mobile dans une quinzaine de grandes villes jusqu'à 18h pour empêcher le déclenchement de bombes à distance, selon un responsable du ministère de l'Intérieur ayant requis l'anonymat. Cela rend aussi plus difficile l'organisation des rassemblements.

La police a empilé des conteneurs vendredi pour protéger l'enclave diplomatique abritant l'ambassade des Etats-Unis, d'autres missions étrangères et des services du gouvernement à Islamabad.

L'ambassade des Etats-Unis a dépensé 70.000 dollars (54.000 euros) pour faire diffuser à la télévision pakistanaise des spots sous-titrés en ourdou, reprenant des déclarations du président Barack Obama et de la secrétaire d'Etat (Affaires étrangères) Hillary Rodham Clinton dénonçant "Innocence of Muslims", qui présente Mahomet, le prophète de l'islam, comme un imposteur, un coureur de jupon et un pédophile.

Mais le Premier ministre pakistanais, Raja Pervaiz Ashraf, a appelé la communauté internationale à adopter des lois interdisant d'insulter Mahomet. "Une attaque contre le prophète sacré est une attaque contre les croyances intimes d'un milliard et demi de musulmans", a-t-il déclaré. Il a fait la comparaison avec le négationisme du génocide des juifs pendant la Deuxième guerre mondiale -effectivement illégal dans des pays comme l'Allemagne ou la France, mais pas aux Etats-Unis.

Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d'affaires américain à Islamabad pour protester conte le film. Le Pakistan a bloqué l'accès à YouTube car le site refusait de retirer la vidéo.

Des manifestations contre le film et les caricatures publiées mercredi par l'hebdomadaire satirique français "Charlie Hebdo" se sont aussi déroulées après la grande prière du vendredi dans plusieurs autres pays.

A l'appel de groupes chiites soutenus par l'Iran, environ 3.000 personnes ont défilé à Bassorah, dans le sud de l'Irak, aux cris de "Mort à l'Amérique". Ils ont brûlé des drapeaux israéliens et américains en brandissant une banderole disant: "Nous condamnons les offenses faites au Prophète".

A Colombo, capitale du Sri Lanka, environ 2.000 musulmans ont brûlé des effigies de Barack Obama et drapeaux américains. Au Bangladesh, plus de 2.000 personnes ont défilé dans la capitale, Dacca, brûlant une effigie d'Obama et un cercueil enveloppé dans le drapeau américain ainsi qu'un drapeau français. Des manifestations ont été largement pacifiques en Malaisie, en Indonésie et au Cachemire indien.

Au Liban, le Hezbollah a mobilisé plusieurs milliers de personnes qui ont marché en brandissant les drapeaux jaunes du mouvement chiite pro-iranien dans la vallée de la Bekaa mais l'ambassade des Etats-Unis n'a pas été visée.

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a dénoncé le film et les caricatures, qualifiant d'"imposture" le fait que "en réponse aux insultes les plus horribles au messager divin, ils (l'Occident) invoquent la liberté d'expression".

Le ministère allemand de l'Intérieur a pour sa part annoncé le report d'une campagne d'affichage contre l'islamisme radical visant les jeunes, en allemand, en turc et en arabe, étant donné le climat. L'Allemagne compte environ quatre millions de musulmans.

cf-st/AP-v

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