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Libye: des manifestants attaquent le complexe d'une milice à Benghazi

21/09/2012 04:52 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

BENGHAZI, Libye - Des centaines de manifestants ont pris d'assaut vendredi le quartier général de l'une des milices les plus puissantes de Libye à Benghazi, mettant le feu au complexe et forçant les miliciens à s'enfuir.

Quelques heures plus tôt, des dizaines de milliers de Libyens avaient manifesté à Benghazi pour réclamer le démantèlement des puissantes milices du pays, dans la foulée de l'attaque de la semaine dernière qui a tué l'ambassadeur des États-Unis en Libye et trois autres Américains en marge des manifestations contre un film islamophobe.

Il s'agissait de la plus importante manifestation à Benghazi depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011.

L'attaque contre le consulat des États-Unis à Benghazi, imputée à la milice Ansar al-Shariah, a provoqué la colère de nombreux Libyens contre les multiples factions armées qui pullulent depuis des mois dans les différentes villes du pays. Les milices sont devenues plus puissantes que les forces armées régulières, et les autorités qui dirigent le pays depuis la chute de Kadhafi ont été incapables de les désarmer jusqu'à maintenant.

Les milices, héritage des «brigades révolutionnaires» qui ont combattu le régime de Kadhafi pendant la guerre civile, assument certaines fonctions de sécurité, notamment la protection des bâtiments de l'État et des quartiers, mais elles sont aussi accusées de se comporter comme des gangs criminels en arrêtant des citoyens, en intimidant leurs opposants et en s'affrontant dans les rues.

La manifestation de vendredi à Benghazi visait particulièrement la milice islamiste Ansar al-Shariah, qui aurait participé à l'attaque contre le consulat des États-Unis, selon des responsables libyens et des témoins. Le groupe est aussi accusé d'avoir attaqué des musulmans qui ne suivent pas son interprétation stricte de l'islam.

«Non, non, non aux milices!» scandait la foule en marchant le long d'un large boulevard de Benghazi. Les manifestants portaient des bannières demandant le démantèlement des milices et la mise sur pied d'une police gouvernementale pour maintenir la sécurité. «Benghazi est dans un piège», disait une affiche. «Où est l'armée, où est la police?»

D'autres affiches déploraient la mort de l'ambassadeur américain Chris Stevens. «L'ambassadeur était l'ami de la Libye», «La Libye a perdu un ami», pouvait-on lire.

«Benghazi a été éventrée et livrée au chaos, au pillage et au crime», a déclaré Ihsan Abdel-Baqi, une femme âgée de 50 ans qui a participé à la marche. «Nous voulons retrouver notre dignité. Nous n'avons peur de rien.»

La foule s'est ensuite rassemblée sur une place située devant le principal camp d'Ansar al-Shariah dans la ville, déployant un grand drapeau libyen et scandant «Avec notre vie et notre âme, nous te sauverons Benghazi». Des hélicoptères militaires et des avions de combat survolaient la zone, et des policiers s'étaient mêlés à la foule.

Plusieurs milliers de partisans de la milice se sont alignés devant le camp face à la foule en agitant des bannières noir et blanc.

Des hommes armés de la milice Ansar al-Shariah ont d'abord tiré en l'air pour disperser la foule, mais ont fini par se retirer des lieux avec leurs armes et leurs véhicules après avoir été encerclés par des centaines de manifestants qui criaient «Non aux milices!».

«Je ne veux pas voir des hommes armés portant des vêtements de style afghan m'arrêter dans la rue pour me donner des ordres, je veux voir seulement des agents en uniforme», a déclaré Omar Mohammed, un étudiant universitaire qui a participé à l'assaut contre le quartier général d'Ansar al-Shariah. Selon lui, des membres de l'armée et de la police ont participé à l'assaut.

Aucun décès n'a été rapporté dans l'incident. Un véhicule a été brûlé dans le complexe de la milice, qui a été investi par les forces de sécurité après la fuite de ses occupants.

Depuis la chute du régime Kadhafi, les milices sont restées en place et ont pris de la force grâce à leur arsenal d'armes automatiques, de grenades propulsées par des fusées, de mitrailleuses et de camionnettes. La plupart des milices n'ont pas d'idéologie particulière, mais certaines sont de tendance islamiste. Leur force a été mise en évidence lors de l'attaque du 11 septembre contre le consulat des États-Unis à Benghazi.

Le gouvernement libyen est toujours incapable de convaincre les milices de se démanteler ou de s'intégrer à l'armée régulière, qui reste sous-financée et faible. Plusieurs critiques estiment que les autorités ont alimenté la croissance des milices avec un programme qui paie les miliciens pour qu'ils se joignent à un conseil parrainé par l'État, mais qui en fait peu pour les forcer à se soumettre au contrôle du gouvernement.

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