NOUVELLES

Les vêtements d'occasion occidentaux envahissent les marchés au Nigeria

21/09/2012 11:24 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

LAGOS, Nigeria - Dans le marché de Katangua, dans le nord du Nigeria, les vêtements d'occasion en provenance des pays occidentaux rapportent gros, mais livrent une rude concurrence à l'industrie textile locale. Les conteneurs débarqués des navires arrivent au pays remplis de vêtements d'occasion en provenance des États-Unis ou d'ailleurs.

Commence alors la négociation. Les commerçants hésitent, inspectent les t-shirts, les soutiens-gorge, les pantalons et les chaussures qui habilleront les quelques 160 millions d'habitants du Nigeria, où l'industrie textile a périclité il y a des années.

Ces vêtements, généralement donnés à des oeuvres de charité en Occident, font l'objet d'un commerce grandissant au Nigeria, au détriment des quelques usines de textile restantes dans le pays, qui doivent faire face à ce raz-de-marée de coton et de polyester.

«La plupart du temps, ce que les gens considèrent comme un don est finalement détourné par des gens (...) qui en profitent. Même si c'est au départ un don aux États-Unis ou au Royaume-Uni, cela devient un commerce au bout du compte», explique Diran Akinleye, professeur d'économie à l'université de Lagos.

Certains vêtements d'occasion se vendent à 1 $ US le lot de trois: une bonne affaire si l'on compare au prix d'une chemise fabriquée sur place. L'industrie du textile a pourtant connu une expansion florissante au Nigeria, où la ville de Kano, dans le nord, accueillait la plupart des usines.

Mais l'entreprise étatique d'électricité, en déperdition depuis des décennies, a provoqué le ralentissement, puis la fin définitive de la production textile dans la région.

Certaines usines, comme celle d'Omas, produisent encore des vêtements pour certaines agences gouvernementales ou certaines entreprises privées, mais il leur est de plus en plus difficile de faire des bénéfices, car elles fonctionnent grâce à des groupes électrogènes alimentés au diesel, explique Margaret Orubu, directrice générale d'Omas.

«Le coût de production est très élevé. L'électricité, l'eau, la location des locaux coûtent très cher comparativement à ce que les gens importent de l'étranger», a expliqué Mme Orubu.

Paradoxalement, l'importation de vêtements donnés crée des emplois dans un marché du travail mal en point au Nigeria. Les tailleurs se multiplient aux abords du marché de Katangua, claquant des ciseaux pour se faire remarquer ou assis en rangs à même le sol avec leur machine à coudre. Ils retaillent, réparent et reprisent les vêtements d'occasion.

Les commerçants profitent aussi de cet arrivage de vêtements étrangers. Ils les récupèrent puis les revendent dans leurs magasins. «Nous avons besoin de ces vêtements car la plupart des usines qui les produisaient ont fermé», confie un commerçant, Sunny Nnjiofor.

Il n'est pas rare de voir, dans les rues du Nigeria, des femmes de statut modeste associer des vêtements traditionnels à des t-shirts américains, tandis que les hommes sont de plus en plus nombreux à porter des chemises et des pantalons de type occidental.

Les commerçants reconnaissent que la plupart des vêtements proviennent de dons en Occident, mais une partie serait également importée en contrebande du Bénin voisin.

PLUS:pc