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Les médias israéliens en crise, face à un avenir sombre

21/09/2012 05:15 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

Les médias israéliens, longtemps réputés pour leur pugnacité et leur liberté de ton vis-à-vis des pouvoirs, traversent une crise inédite, qui remet en cause leur indépendance et leur avenir.

La vente du quotidien Maariv, le troisième du pays en terme de diffusion, au quotidien nationaliste de droite Makor Rishon, a été finalisée jeudi. Dans le même temps, le quotidien de gauche Haaretz, en proie à des difficultés économiques, menace de licencier un tiers de son personnel.

Le rachat du Maariv par Shlomo Ben-Zvi, propriétaire et rédacteur en chef de Makor Rishon, perçu comme proche de la droite nationaliste et des milieux religieux et habitant d'une colonie de Cisjordanie, fait craindre à certains journalistes une inflexion de la ligne éditoriale du quotidien, aujourd'hui classé au centre-droit.

Au fil du temps, de nombreux titres ont disparu en Israël, notamment en raison d'une concentration croissante de la presse aux mains de grands groupes comme celui du quotidien Yediot Aharonot, ou encore de l'apparition sur le marché de son concurrent gratuit à grand tirage Israël Hayom.

Yediot Aharonot et Israël Hayom, dont le propriétaire, le milliardaire juif américain Sheldon Adelson, est considéré comme très proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, se disputent la plus grande part du marché, avec respectivement 44,3% et 31% des ventes pour l'édition du week-end, devant le Maariv, Haaretz et Makor Rishon.

Neuf autre quotidiens sont publiés en Israël: un en arabe, un en anglais et deux en russe, les autres étant des publications de la communauté juive ultra-orthodoxe, auxquels s'ajoutent 17 hebdomadaires s'adressant à différents publics.

Autre média qui fait parler de lui en raison de ses difficultés financières, la Chaîne 10 de la télévision israélienne doit rembourser à l'Etat une dette de plus de 60 millions de shekels (environ 12 millions d'euros), sous peine de fermeture le mois prochain, dix ans après sa création.

Cette chaîne, l'une des deux seules commerciales du pays, a demandé un échelonnement de sa dette sur plusieurs années mais une commission parlementaire a repoussé cette proposition.

Pour le directeur de la 10, Yossi Warchawski, "il s'agit d'une forme de vengeance" de la part de "Bibi" Netanyahu, qui a attaqué en diffamation cette chaîne pour avoir diffusé un reportage l'accusant d'avoir touché de l'argent privé pour des voyages à l'étranger.

Mais l'analyste des médias Anat Saragousti, ancienne journaliste, juge que "ces allusions à une vendetta politique sont un écran de fumée pour camoufler une mauvaise gestion des comptes".

Mme Saragousti, directrice d'un Centre de communications stratégiques, rejette les accusations de "lutte contre la liberté d'expression, utilisées pour ne pas prendre ses responsabilités". "Pourquoi le contribuable devrait payer les erreurs de gestion de cette chaîne?", s'insurge-t-elle.

Mais d'autres experts craignent que la fermeture de plusieurs médias ne mette en péril "la liberté d'expression et la démocratie israélienne".

"Renforcer la démocratie, c'est aider la presse à se renforcer", déclare à l'AFP Yariv Ben Eliezer, directeur des études de communication du Centre interdisciplinaire d'Herzliya, un centre universitaire privé, près de Tel-Aviv.

"Je veux que l'Etat soutienne les médias pour la liberté d'expression, que ce soit le Maariv, Haaretz ou la Chaîne 10 et sans intervention politique", ajoute ce spécialiste des médias, petit-fils du fondateur d'Israël, David Ben Gourion.

Pour Anat Saragousti, même avec l'aide de l'Etat, hypothèse improbable "au moment où le gouvernement coupe des budgets et augmente les impôts pour préserver Israël de la crise économique", les médias sont obligés de tailler dans leurs dépenses, en sacrifiant l'information au profit de programmes plus rentables.

"La télé-réalité reste et le bon journalisme disparaît", résume-t-elle.

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