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Le milieu de la télévision américain est-il toujours sexiste?

21/09/2012 04:11 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

LOS ANGELES, États-Unis - Au premier coup d'oeil, on pourrait avoir l'impression que les femmes ont pris d'assaut l'industrie de la télévision aux États-Unis.

Les cotes d'écoute des séries humoristiques «Girls» et «New Girl» sont excellentes, et elles pourraient rafler quelques trophées aux Emmy Awards. Les actrices et scénaristes Tina Fey («30 Rock»), Amy Poehler («Parks and Recreation») et Lena Dunham («Girls») sont des exemples probants des récents succès féminins dans l'industrie.

Mais les apparences sont parfois décevantes: faire de la télévision demeure quasi exclusivement l'affaire des hommes, même si l'industrie de la télévision est là depuis sept décennies.

Les femmes sont sous-représentées de façon constante dans les postes de création télévisuelle.

«Disons que je comprends le besoin de souligner les accomplissements des femmes occupant des fonctions de haut niveau dans l'industrie», résume Martha M. Lauzen, directrice exécutive du Centre d'étude des femmes en télévision et en cinéma, à l'université de San Diego.

Oui, Lena Dunham est nommée dans les prestigieuses catégories du meilleur scénario, de la meilleure réalisation, de la meilleure production et de l'interprétation féminine pour sa série «Girls», diffusée sur HBO.

Et Tina Fey, comme toujours, est une candidate de premier plan. Cette année, elle a décroché trois mentions — interprétation féminine, scénarisation et production pour sa série humoristique «30 Rock», des catégories dans lesquelles elle est opposée à son ancienne partenaire de jeu de «Saturday Night Live», Amy Poehler.

C'est sans oublier «New Girl», de la créatrice et productrice Liz Meriwether, qui court la chance de mettre la main sur quatre prix lors de la cérémonie des Emmys, qui aura lieu dimanche soir.

Les succès de ces émissions télévisées et des femmes qui les ont créées pourraient effectivement témoigner d'un changement.

Mais elles sont toujours l'exception à la règle, selon les plus récentes recherches réalisées par les organisations syndicales et les universitaires, mais aussi d'après certaines femmes oeuvrant dans le milieu.

«C'est toujours un club d'hommes («boys' club»), même s'il y a de plus en plus de femmes qui accèdent à des postes de cadres», signale Marta Kauffman, créatrice et productrice de la défunte émission «Friends».

Sur les quelque 2600 émissions produites au cours de la saison 2010-2011, 88 pour cent étaient réalisées par des hommes, selon une étude de la Guilde américaine des réalisateurs.

Un rapport produit en 2011 par la Guilde américaine des scénaristes a conclu que la part des postes de scénaristes «stagnait à 38 pour cent», une évolution à peine perceptible par rapport aux données de 2007.

Janis Hirsch, scénariste de télévision d'expérience, soutient que les producteurs et les scénaristes — hommes ou femmes — peuvent être durs envers les femmes, surtout dans l'industrie de la télévision.

Certaines de ses anecdotes semblent sortir tout droit d'une comédie de situation des années 1950. Selon Mme Hirsch, certains hommes empoisonnent le climat de travail en lançant des remarques à caractère sexiste afin de maintenir leur emprise sur leurs collègues féminines. D'autres ne se gênent pas pour les discriminer purement et simplement.

«Je suis sûre que certains agents d'assurance détestent les femmes aussi, mais ils doivent rendre des comptes au service des ressources humaines. Dans le milieu, on nous dit carrément: 'Dépose une plainte et tu ne travailleras plus jamais'», soutient Janis Hirsch.

Pourquoi l'industrie hollywoodienne — pourtant considérée comme une défenderesse des valeurs libérales — s'entête-t-elle à traiter ainsi ses femmes?

«Ce n'est pas perçu comme un problème par plusieurs des personnes qui pourraient changer les choses», suggère la professeure Martha M. Lauzen.

«Il y a une bonne dose de déni et tant que cela ne changera pas, les statistiques demeureront les mêmes», conclut-elle.

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