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La décision de fermer Gentilly-2 est «précipitée», selon les syndiqués d'Hydro

21/09/2012 12:08 EDT | Actualisé 21/11/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - La décision du gouvernement Marois de fermer la centrale nucléaire Gentilly-2 a suscité l'ire des représentants syndicaux des travailleurs d'Hydro-Québec, qui ont dénoncé vendredi une décision «précipitée et prématurée».

En conférence de presse à Montréal, la présidente de la section québécoise du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Lucie Levasseur, s'est dite surprise de l'empressement du nouveau gouvernement dans ce dossier. Elle a dit ne pas comprendre que le Parti québécois n'ait pas consulté les syndicats et les différents intervenants économiques de la Mauricie et du Centre-du-Québec avant de trancher.

«On a l'impression que le PQ, malheureusement, tourne le dos à la région de la Mauricie, qui est déjà durement touchée (par le chômage)», a déploré Ginette Paul, vice-présidente du SCFP-Québec, jugeant insuffisant le fonds de diversification économique de 200 millions $ promis par la première ministre Pauline Marois.

«Est-ce que ça va combler la perte d'activité économique qui est liée à la fermeture de la centrale? Poser la question, c'est y répondre», a lancé Mme Paul. Les syndicats estiment à 220 millions $ par année les retombées économiques de Gentilly-2.

Richard Perreault, président du Syndicat des employés de métiers d'Hydro-Québec, a soutenu qu'en raison du gouvernement, quelque 200 employés temporaires travaillant à Gentilly-2 allaient être remerciés d'ici la fin de l'année. Il a ajouté que la «presque totalité» des 800 employés permanents de la centrale allaient voir leur poste supprimé d'ici 18 mois.

Une porte-parole d'Hydro, Marie-Élaine Deveault, n'a pas voulu confirmer ou infirmer ces informations.

Se disant préoccupés par l'incertitude entourant la façon de procéder à la fermeture sécuritaire de la centrale (un processus appelé déclassement), les représentants syndicaux demandent à rencontrer Mme Marois et la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, dans les plus brefs délais.

«Notre argument, ce n'est pas qu'on doit garder la technologie nucléaire au Québec, a assuré Michel Bibeault, directeur québécois du SCFP et ancien employé d'Hydro-Québec. Notre argument, c'est de dire qu'on ne sait pas où on s'en va. Ça devrait être une décision économique.»

Les syndicats ont aussi avancé que la réfection était préférable au démantèlement du point de vue de la sûreté, notamment pour la gestion des déchets nucléaires et la surveillance de la centrale.

«Le meilleur moyen de s'assurer de la sécurité (des installations), c'est que ça continue», a insisté M. Bibeault.

Coûts

Depuis plusieurs mois, Hydro-Québec préparait une analyse des coûts du projet de réfection de Gentilly-2, qui oscilleraient entre 2 et 3 milliards $. Or jeudi, Pauline Marois a demandé à la société d'État de fournir au gouvernement un «rapport complet sur les différentes implications et conditions dans lesquelles» pourrait se faire un déclassement de la centrale. On estime à 1 milliard $ les coûts de tels travaux.

Michel Bibeault n'a pas manqué de souligner vendredi que les travaux de démantèlement de plusieurs centrales nucléaires dans le monde ont pris beaucoup plus de temps que prévu et ont connu des dépassements de coûts importants. Il a cité le déclassement de la centrale de Brennilis, en France, qui s'est amorcé en 1985 et qui pourrait s'étirer jusqu'en 2023. La facture actuelle est 20 fois plus élevée que les prévisions initiales.

Mais pour Christian Simard, directeur général de Nature Québec, le déclassement de Gentilly-2 serait plus rentable pour la province qu'une réfection.

«Je suis persuadé qu'un déclassement ordonné sur un certain nombre d'années va créer des emplois très rémunérateurs, très intéressants, et va permettre de mieux maîtriser les coûts qu'avec une reconstruction», a-t-il indiqué au cours d'un entretien téléphonique. Il évalue à 400 le nombre de personnes qui pourraient travailler au démantèlement de Gentilly-2.

M. Simard a noté que Québec pourrait avoir droit à des fonds fédéraux pour le déclassement de Gentilly-1 (qui n'est plus en fonction) et que les employés de Gentilly-2 sont protégés par la sécurité d'emploi.

«C'est pas une usine de chaussures qui ferme dans l'Est de Montréal», a-t-il illustré.

À l'instar du gouvernement péquiste et d'autres environnementalistes, Christian Simard croit qu'en démantelant Gentilly-2, le Québec pourrait se doter d'un savoir-faire de pointe en matière de déclassement de centrales nucléaires, un marché évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le monde.

M. Bibeault s'est montré sceptique à cet égard.

«On ne développe pas une expertise avec une seule centrale, a-t-il martelé. On va être à la merci des autres (pays), c'est ça qui va arriver.»

Inaugurée en 1983, la centrale Gentilly-2 arrivera bientôt au terme de sa vie utile. Elle génère actuellement environ trois pour cent de l'électricité produite par Hydro-Québec et joue un rôle important dans la stabilité du réseau.

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