NOUVELLES

Des déserteurs syriens racontent leur détention dans des geôles souterraines

21/09/2012 04:17 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

Jeté par la Sécurité syrienne dans les geôles souterraines de la caserne de Hanano à Alep car il projetait de déserter, Nassar, soldat passé à l'opposition, n'a revu la lumière du jour que deux mois et demi plus tard lorsque les rebelles ont pris le bâtiment.

Le jeune homme de 27 ans raconte d'une voix posée son calvaire: la torture quotidienne, la saleté, et la chaleur dans la prison où il a été traité "comme un animal" jusqu'à sa libération en septembre.

"Nous étions 14 dans ma cellule, il y en a qui sont tombés malades, qui ont eu des boutons comme nous n'en avions jamais vu", se souvient-il.

"Certains sont morts sous la torture, d'autres revenaient le corps couvert de traces de coups. Les séances de torture commençaient à 23 heures et finissaient vers quatre heures du matin", raconte le jeune homme, sa courte barbe rousse soigneusement peignée.

S'il accepte de parler avec l'AFP dans une maison d'un village de la province d'Alep (nord), toujours en proie aux violents combats entre rebelles et soldats, Nassar refuse de donner son nom de famille par peur de représailles contre ses proches, qui sont encore à Damas, sa ville d'origine.

Il ne peut rejoindre sa famille à cause des barrages militaires qui coupent le pays ravagé par 18 mois de conflit.

Lui aussi originaire de la capitale, Talal, 21 ans, a été arrêté alors qu'il tentait de s'enfuir de sa caserne. Emmené à l'aéroport militaire le plus proche, il a été transféré en hélicoptère à la caserne de Hanano, où il a passé 17 jours.

Sa désertion, il y pensait depuis longtemps, mais une des opérations à laquelle il a participé dans la région d'Alep l'a finalement décidé.

"L'armée a brûlé des maisons et rasé un village entier. A ce moment là, je me suis dit +je ne peux pas rester un jour de plus+. On en parlait beaucoup avec les autres soldats, on se disait qu'en restant, on était complice du régime", raconte le jeune homme habillé d'un survêtement bleu et blanc.

"Nous n'avions pas le droit de regarder la télévision, d'utiliser un téléphone portable, pendant un an je n'ai pas eu de permission pour aller voir ma famille. En fait, il est interdit d'avoir un autre point de vue" que celui du pouvoir, dit-il.

Depuis qu'a éclaté en mars 2011 un mouvement pacifique de manifestations hostiles au régime qui s'est militarisé face à la répression, les autorités, ne reconnaissant pas la contestation et accusent des "bandes terroristes armées" de semer le chaos en Syrie.

Un discours qui n'a pas non plus convaincu Issa. Ce jeune soldat a quitté l'armée parce que les propos de ses supérieurs ne correspondaient pas à la réalité sur le terrain.

"Ils nous parlaient de terroristes et on voyait des enfants en face de nous. Au début de la révolution, on nous envoyait pour frapper les manifestants", dit-il.

Originaire de Deir Ezzor, dans l'est du pays, Issa n'a pas pu parler à sa famille depuis sa libération après cinq mois de détention. Il accepte de témoigner car il espère leur faire savoir ainsi qu'il est vivant.

Les trois déserteurs ont retrouvé la liberté le 7 septembre, lorsque des centaines de rebelles ont attaqué la caserne de Hanano --stratégique en raison de son importante armurerie-- dans l'est d'Alep, et dit avoir relâché 350 prisonniers.

Ceux-là ont été emmenés par les insurgés qui les ont gardés deux semaines pour enquête. Les déserteurs ont été transférés vers des camps rebelles de la région et les prisonniers de droit commun sont toujours sous les barreaux.

bur/sbh/cnp

PLUS:afp