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Dans la vieille ville d'Alep, le sourire du pharmacien

21/09/2012 04:18 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

Malgré les explosions, les tirs, les barrages, militaires ou rebelles, à franchir et les pénuries, le pharmacien de la vieille ville d'Alep s'efforce de lever, quelques heures certains jours, son rideau de fer.

Sur la petite place enchâssée entre les maisons de pierre blanche, dans l'un des quartiers tenus par les insurgés de l'Armée syrienne libre (ASL), Zacharias Mohamed Ali, 27 ans, propriétaire de la "Pharmacie Zacharias" est venu "surveiller le magasin mais aussi ouvrir un peu, pour les gens".

Derrière le comptoir et des rayonnages à moitié vides, accompagné de son jeune frère, il a poussé à fond la climatisation. Pas un chat dans la rue, personne dans la boutique. Près de la porte nage un gros poisson blanc, seul dans son aquarium.

"Les habitants ont presque tous fui, il n'y a presque plus personne dans le quartier. Mais c'est bien pour ceux qui sont restés là de voir que la pharmacie ouvre. Ils peuvent venir chercher des médicaments, parler. Cela les rassure... Enfin un peu, j'espère", dit le jeune homme corpulent aux yeux bleu lagon.

Il habite loin, dans une zone tenue par les forces de Damas. Il se fait déposer près de l'une des lignes de front, qu'il franchit à pied, puis un autre ami le prend en charge côté rebelle pour le conduire à l'officine.

"D'un côté comme de l'autre, ils ne s'occupent pas de moi. Je leur dit: +Je suis pharmacien+. Je passe. Parfois il faut attendre, quand cela tire trop", raconte-t-il.

Il reste ouvert quelques heures, un jour par semaine, en début d'après-midi; le temps de s'assurer que tout va bien et de servir quelques clients.

En voici un: un nourrisson sur le bras, un petit enfant à la main, en short, sandales et tricot de corps, un jeune homme aux joues creuses demande une solution pour laver les narines des bébés, un biberon, des pansements, une tétine, du shampoing. Du lait maternisé ? Non, il n'y en a plus. Zacharias lui sourit, le conseille, il repart.

"Parfois de vieux clients appellent à la maison, ils ont besoin de leur traitement, pour le coeur ou autre chose, alors je viens", ajoute Zacharias d'une voix douce.

"Je n'ai pas été livré depuis le premier jour des combats, au début du Ramadan. A ce rythme, je peux tenir encore un mois. Après, je ne viendrai plus que pour voir si le rideau de fer est bien fermé", regrette-t-il.

Seize heures. La voiture est là, les deux frères ferment la pharmacie. Un signe de la main aux cinq voisins qui viennent de s'installer, sur la placette, autour de l'échoppe improvisée par Ahmad Barada.

A 45 ans, cet électricien a vu sa boutique partir en fumée, il y a une semaine dans un quartier voisin, quand elle a été frappée de plein fouet par un obus. L'un des fils la tenait. Il est mort.

"Je viens là, maintenant, vendre ce que j'ai pu sauver des décombres" dit-il, assis derrière un étal fait d'une planche posée sur un diable. "Il faut bien gagner de quoi manger !"

Devant lui, quatre ampoules, des prises, douilles, câbles, de petits réchauds à résistance. Il montre quatre pièces: "Ca, pour l'instant, c'est ma recette: 35 livres" (0,5 dollar).

"Les gens d'ici sont pauvres", poursuit-il. "Tous ceux qui en avaient les moyens sont partis se mettre à l'abri, dans leurs familles, dans les villages. Nous, on n'a rien. Pas de voiture, pas d'essence, où aller ?"

Un claquement sec: un obus de char a frappé un immeuble, à deux rues de là, suivi de trente secondes d'intense mitraillage. Les conversations s'interrompent, puis reprennent. La fumée grise retombe.

Un commerçant installe quelques cageots sur le trottoir: tomates, raisins, concombres. Tous les rideaux de fer de la place, animée et commerçante avant la guerre, sont baissés.

"Le vrai problème, c'est le pain", se lamente Ahmad Barada. "Il y a bien une boulangerie tout près, mais elle n'a plus de farine. Il faut aller ailleurs, c'est dangereux... Et le paquet de pain qui valait 15 livres, maintenant c'est 50".

mm/fc

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