Critique du film From Montréal

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Le film documentaire From Montréal qui explore la singularité de la scène musicale montréalaise indépendante sous l'angle linguistique et identitaire était présenté au festival Pop Montréal, jeudi. Les deux coscénaristes Jean Roy et Alexandre Vigeault racontent le rock, le savoir-faire, l'indie, la langue et la richesse créative de la dernière décennie dans la métropole québécoise.

« En 2007, dans la foulée du succès d'Arcade Fire, les Patrick Watson, Malajube, Karkwa, The Dears, Stars, Wolf Parade, et bien d'autres sont apparus dans le paysage montréalais, raconte le producteur et coscénariste Jean Roy. Certains étaient déjà bien actifs, mais c'est comme si tout d'un coup, il existait un véritable buzz autour des musiciens de Montréal. Je me suis donc penché davantage sur le sujet, avec la prémisse identitaire. Et avec Alexandre, j'ai découvert qu'il existait une brèche linguistique constructive. »

« En faisant ce film, nous avons découvert une réalité annonciatrice d'un bilinguisme plus respectif, relaxe, mais très propre à Montréal, ajoute le journaliste Alexandre Vigneault (coscénariste, recherchiste). Ce constat est évidemment impossible à Trois-Rivières ou à Québec. Montréal est pour des raisons qu'on découvre dans le film la base de lancement de tout ce bouillonnement. Il y a un schisme entre la métropole et le reste du Québec. Montréal a un mode de création singulier, articulé autour des deux langues, mais aussi avec des structures faites avec beaucoup de débrouillardise, de Do it yourself comme c'est expliqué dans le film. »

Construction artificielle

« Montréal est devenue, un peu comme l'a été aussi Brooklyn à une autre époque, une espèce de label, explique dans le documentaire le journaliste français Thomas Burgel, des Inrocks. C'est quelque chose qui est forcément un peu artificiel. Ça vient de la lumière que les médias mettent sur une ville à un moment donné. Artificiel, mais très positif, puisque du coup, il se passait énormément de choses à Montréal. »

Comme l'affirme un autre des nombreux intervenants, Montréal peut certes se comparer à « un phare pour les bateaux que sont les artistes ». Les journalistes, mélomanes aguerris et gens de l'industrie le savent fort probablement déjà. Pour les autres, il s'avère intéressant d'apprendre ou d'approfondir l'idée que Montréal s'est transformée en une niche qui bouillonne de talents et attire le talent.

On en arrivera dans le film à se demander quels sont ces ingrédients qui font de Montréal une recette magique pour la musique québécoise, quelle soit anglophone ou francophone. Les artisans de From Montréal essaient d'y répondre à travers des rencontres avec les membres des formations Chinatown, Braids, Besnard Lakes (Jace Lasek et Olga Goreas), le bassiste et ancien musicien du groupe The Dears Martin Pelland, Steve Jordan, Eli Bissonnette (grand manitou de l'étiquette Dare To Care / Grosse Boîte), l'ancien directeur musical de CISM, Martin Roussy, Laurent Saulnier des FrancoFolies et du Festival international de jazz de Montréal, pour ne nommer que ceux-ci.

Les scénaristes effleurent notamment la diversité culturelle, bien représentée par la jeunesse universitaire et les nombreux endroits de diffusions comme les salles de spectacle (Divan orange, Casa del Popolo, Sala Rossa...), les galeries d'art, les ateliers, le coût de la vie relativement bas, la vitalité des Montréalais, etc.

Ils arrivent même à suggérer que le schisme des solitudes linguistiques finit par provoquer une culture unique franco-anglo qui devient un terreau propice à une vie artistique, mais surtout musicale, unique. Un univers déjà visité à maintes reprises au Québec, mais qui vaut la peine d'être farfouillé dans le milieu indie-rock montréalais. Le hic ? Le documentaire passe trop de temps sur cette notion. Le spectateur aurait pu saisir le tout en dix minutes. Trop de personnes commentent la dualité linguistique, au détriment des autres avenues moins explorées tel le manque d'adaptation des institutions et de l'industrie.

Pertinent, mais limité

Pour le reste, les images sont belles (particulièrement celles à vol d'oiseau au-dessus du Mile-End) sans pour autant nous happer. Il est aussi fort intéressant de pouvoir pénétrer les mondes d'Arianne Moffatt dans son studio, de voir en concert Arcade Fire à la Place des festivals ou encore de suivre Malajube en tournée au Texas. Il est également très agréable de butiner les commentaires variés, quoiqu'un peu redondants, des musiciens, producteurs, journalistes, et autres acteurs qui se sentent interpellés par le milieu musical montréalais.

On sent le « buzz »? Oui. Mais aurait-on pu trouver une manière de nous y plonger davantage au lieu de nous le faire expliquer ? Aurait-on pu pousser l'aventure documentaire plus loin, au-delà de ce sempiternel débat anglos / francos ? Aurait-on pu tenter de visiter certaines menaces à cette bulle créative montréalaise très stimulante ?

Toujours plus facile à écrire, qu'à faire, nous en conviendrons. Dans l'ensemble, le film est une honnête tentative. Bien qu'un peu trop limitée à la logique des deux solitudes et de la symbolique du Mile-End (sorte d'eldorado de la création anglophone et francophone), le document mérite l'attention. Montréal demeure toujours une référence dans le monde de la musique et ce film est certainement une réflexion constructive pour une population qui jongle depuis très longtemps avec le bilinguisme, pour le meilleur et pour le pire.

Le film sera également diffusé à Télé-Québec le 29 octobre, à 21 h.

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